Vingt-sept militaires ont été tués en Kabylie lors d’une attaque à la bombe contre un camion, a rapporté le quotidien «el-Watan», lors d’une des plus meurtrières opérations de ce type ces derniers mois. L’attaque s’est déroulée en plein jour à une trentaine de kilomètres au sud de la première ville de Kabylie, Tizi-Ouzou. Cette opération a suscité l’inquiétude en Kabylie. «Tout le monde en parle, a expliqué un habitant de Tizi-Ouzou, joint depuis Alger. C’est très inquiétant, cela s’est produit en plein jour, sur une route très fréquentée, où on compte plusieurs barrages». L’attentat a eu lieu à environ deux kilomètres de la localité de Boghni, non loin de la forêt de Sid Ali Bounem, qui abrite un maquis islamiste. Ses circonstances exactes étaient encore imprécises. Selon «el-Watan», plusieurs bombes ont explosé au passage d’un camion transportant plus d’une trentaine de soldats, une relève chargée de surveiller des ponts. Les militaires ont ensuite été «cueillis par un feu nourri». Deux des assaillants ont été tués, mais le groupe a réussi à s’enfuir en emportant des armes récupérées sur les cadavres, selon «el-Watan». Un autre quotidien privé, «Liberté», rend compte de cette attaque, mais sans préciser que les victimes sont des militaires. Il précise que le bilan «non officiel» est de vingt-huit morts et onze blessés. Selon ce journal, le camion a été détruit par l’explosion d’une bombe de très forte puissance qui a creusé un cratère de deux mètres de profondeur et de six mètres de diamètre. Il est extrêmement rare que la presse privée rapporte des informations relatives aux pertes des forces de sécurité en raison de la censure pesant sur l’information sécuritaire. Les autorités ont infléchi depuis quelques semaines leur politique de communication dans ce domaine, et diffusé une série de communiqués concernant des massacres et des attentats contre des civils. Les groupes armés, principalement le Groupe islamique armé (GIA), privilégient depuis deux ans les attaques de villages et les attentats à la bombe. Selon l’armée, ces groupes n’ont plus la capacité d’attaquer des cibles militaires. Cette stratégie a culminé durant le dernier Ramadan, en janvier, durant lequel plusieurs centaines de civils — peut-être plus d’un millier, selon des estimations non confirmées — ont été massacrés. Une campagne sporadique d’attentats à la bombe se poursuit également à Alger. Vendredi, deux personnes ont été tuées et 32 blessées par l’explosion d’une bombe artisanale sur un marché, selon un bilan officiel. La veille, l’explosion de deux autres engins artisanaux avait fait 12 blessés. L’attaque menée jeudi vient toutefois confirmer la persistance d’accrochages sporadiques entre forces de sécurité et groupes armés. Si les pertes des forces de sécurité ne sont pas rendues publiques, des informations circulent parmi les habitants à Alger, comme dans d’autres régions. Les dépouilles des soldats tués, dont des appelés, sont en effet rendues aux familles et rapatriées pour être enterrées. L’attaque de jeudi rappelle aussi un autre attentat manqué, le mois dernier à la sortie de Tizi-Ouzou. Une bombe de forte puissance avait explosé au passage d’un mini-bus transportant des gardes communaux chargés de surveiller un pont. Seules quatre personnes avaient été blessées, car l’engin avait sauté un peu après le passage du véhicule. (AFP)
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