Présentées au départ comme un front commun des pays de la sous-région contre le coup d’Etat militaire du 25 mai dernier, les initiatives de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en Sierra Leone prennent de plus en plus l’allure d’une opération strictement nigériane. Alors qu’Abuja avait annoncé lundi une mission à Freetown du «comité des cinq» ministres des Affaires étrangères de la CEDEAO plus spécialement chargés de la Sierra Leone, Freetown n’a accueilli mercredi pour une brève visite que le seul ministre nigérian, Tom Ikimi. Il était accompagné, il est vrai, du secrétaire exécutif de la CEDEAO, le Guinéen Lansana Kouyaté, basé à Abuja et soumis de ce fait à l’influence du géant nigérian. Autre visiteur remarqué, le général nigérian Timothy Shelpidi, commandant en chef de l’ECOMOG, la force ouest-africaine théoriquement mandatée par la CEDEAO, mais de fait outrageusement dominée par le Nigeria. Arrivés en hélicoptère, les trois hommes ont fait un rapide tour de Freetown avant de redécoller vers Lungi, l’aéroport international, d’où ils sont repartis vers Conakry avant la nuit. La délégation devait y rencontrer le président élu de Sierra Leone, Ahmad Tejan Kabbah, qui vit en Guinée depuis qu’il a été renversé et ne parle pas encore de son retour. Officiellement, le «comité des cinq» devait procéder à une évaluation de la situation sur le terrain et fixer une date pour le retour du président Kabbah. Les cinq ministres (Côte d’Ivoire, Ghana, Guinée, Liberia et Nigeria qui assure également la présidence en exercice de la communauté) avaient été les signataires des accords passés avec la junte en juin et octobre à Conakry pour un retour du gouvernement civil à Freetown. C’est également eux qui avaient décidé d’un embargo sur les armes et les produits pétroliers à l’encontre des putschistes. Raisons logistiques Le contingent nigérian de l’ECOMOG, qui avait déjà procédé à plusieurs bombardements maritimes et aériens de Freetown depuis le coup d’Etat, a pour sa part fait appliquer un très strict embargo général qui a empêché toute arrivée au port ou à l’aéroport de quelque ravitaillement que ce soit pendant près de neuf mois. L’offensive nigériane contre Freetown, qui a conduit à la déroute de la junte en fin de semaine dernière, avait été vivement critiquée par le Liberia et nombre de diplomates de la sous-région s’étaient plaints — sans oser le faire en public — de l’électron libre nigérian. Le ministre Ikimi a rappelé avant de partir que «l’Afrique tout entière avait condamné le coup d’Etat de la junte (le 25 mai 1997) et la CEDEAO avait reçu le mandat de réinstaller le gouvernement légitime au pouvoir». Il s’est aussi félicité du «retour au calme en Sierra Leone». Selon les informations disponibles à Freetown, le calme ne prévaut que dans la seule capitale. La deuxième ville du pays, Bo, à 170 kilomètres au sud-est, est toujours aux mains des partisans de la junte. Des violences et des pillages se poursuivaient en milieu de semaine dans l’ouest du pays, où plusieurs étrangers ont été enlevés samedi, et des doutes subsistaient encore sur le sort de Makeni et Kenema, principales villes du nord et de l’est que se disputent les partisans de la junte et les milices de chasseurs traditionnels favorables au président Kabbah. On apprend qu’au moins 140 personnes avaient péri dans l’ouest, quand le bateau dans lequel ils tentaient de fuir les violences a chaviré. Une soixantaine de personnes sont encore portées disparues après ce naufrage. Le ministre nigérian a annoncé que la Guinée allait prochainement envoyer deux bataillons en Sierra Leone et que d’autres pays tels le Ghana et le Niger allaient contribuer à l’ECOMOG. «Nous tenons maintenant à ce qu’il y ait la paix et des gouvernements légitimes dans les pays de notre sous-région» a-t-il ajouté. Le Nigeria est lui-même dirigé depuis 1993 par une junte. Le général Shelpidi avait, lors d’une première visite à Freetown lundi, attribué à des seules «raisons logistiques» l’absence des autres troupes de la CEDEAO au sein de l’ECOMOG présente en Sierra Leone. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Présentées au départ comme un front commun des pays de la sous-région contre le coup d’Etat militaire du 25 mai dernier, les initiatives de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en Sierra Leone prennent de plus en plus l’allure d’une opération strictement nigériane. Alors qu’Abuja avait annoncé lundi une mission à Freetown du «comité des cinq» ministres des Affaires étrangères de la CEDEAO plus spécialement chargés de la Sierra Leone, Freetown n’a accueilli mercredi pour une brève visite que le seul ministre nigérian, Tom Ikimi. Il était accompagné, il est vrai, du secrétaire exécutif de la CEDEAO, le Guinéen Lansana Kouyaté, basé à Abuja et soumis de ce fait à l’influence du géant nigérian. Autre visiteur remarqué, le général nigérian Timothy Shelpidi,...