Une accumulation d’erreurs et de fautes dues à la déliquescence de l’appareil répressif belge plutôt que des protections directes: la commission parlementaire d’enquête sur les crimes pédophiles commis en Belgique vient présenter un rapport féroce pour le «système». «Le système judiciaire et policier, tant dans sa conception législative que dans son organisation par le pouvoir exécutif (...) est profondément déficient», peut-on lire dans le rapport lu devant une Chambre des représentants comble. Il «doit être profondément repensé et remanié, tant sur le plan humain que structurel, du haut en bas de l’échelle», indique le texte. En avril dernier, la Chambre des représentants avait approuvé un premier rapport de la commission sur la manière dont les enquêtes sur les disparitions d’enfants avaient été menées. Les conclusions étaient déjà sans pitié. Les quatre fillettes dont les cadavres ont été retrouvés chez Marc Dutroux à l’été 1996 auraient pu être retrouvées vivantes si magistrat et policiers avaient fait preuve d’un minimum de professionnalisme dans la conduite des enquêtes. Ce pédophile multi-récidiviste, lourdement condamné pour des faits d’une rare violence, aurait dû être arrêté à de multiples reprises, notamment lors de vaines perquisitions effectuées à son domicile alors que les enfants y étaient séquestrés. «Les dysfonctionnements de l’appareil pénal belge posent aujourd’hui de graves problèmes, qui mettent réellement en péril l’Etat de droit», affirmait ce texte, qui évoquait la piste d’éventuelles protections pour expliquer cet échec. La Chambre avait dès lors demandé à la commission de rechercher les traces de ces éventuelles protections censées permettre à de réseaux de pédophilie de fonctionner. Le second rapport, qui a été présenté en séance plénière à la Chambre, avant un débat et un vote demain jeudi, dément,«en fonction des données dont (la commission) dispose», la thèse d’un «grand complot» censé protéger des personnalités perverses. «La commission n’a pas constaté d’indices que les mouvances criminelles en question aient bénéficié au sein des services de police, de la magistrature, de l’administration ou du monde politique de protections telles qu’elles puissent expliquer à elles seules les échecs, les retards, les anomalies dans les enquêtes», peut-on lire dans ses conclusions. Les députés refusent donc d’étayer la thèse favorite de la population belge — 65,4% des citoyens du plat pays croient à l’existence de protections, selon le dernier sondage en date. Dimanche dernier, un an après la «marche blanche» qui avait réuni 325.000 personnes à Bruxelles, une manifestation contre la «loi du silence» a d’ailleurs rassemblé 25.000 personnes apparemment convaincues que l’on cherche à enterrer la vérité. Mais la charge contre le système n’en est pas moins brutale. (Reuters)
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