Il est de ces musiciens dont on attend régulièrement et avec intérêt les prestations, car il met une note bleue dans le ronron du paysage musical local… Avec lui, le piano est moment de grâce et pur bonheur. Il a toujours su offrir à ses nombreux amis et admirateurs un programme sortant des chemins battus où le grave et le ludique s’harmonisent en toute douceur… Walid Hourani, qui n’est plus à présenter parmi les fidèles et fervents pianistes qui reviennent au pays des cèdres, est l’hôte bienvenu d’un cycle de concerts au programme intéressant à plus d’un niveau. Mélangeant le myticisme de Bach aux accords syncopés du ragtime, les fantaisies orientales aux accents impétueux d’Albeniz, les états d’âme de Schubert aux pastiches d’Albeniz, voilà les vertus pleines d’audace d’un pianiste qui n’a froid ni aux yeux ni aux doigts! Est-ce un hommage à Walid Akl que cette «Toccata» et fugue en D mineur (arrangée par Busoni et Hourani lui-même) et que l’interprète de Mhaidssé nous avait offert dans le temps, dans «sa version inspirée»? Grandes arches sonores, arpèges en cascades, majesté et grandeur d’une œuvre empreinte d’une atmosphère religieuse où se dégagent toutes les aspirations de cet humanisme chrétien qui a marqué la plupart des partitions du Cantor. Moment d’évasion et de rêverie romantique sur fond d’une mélancolie insaisissable avec la sonate en A major (op. 120) de Schubert. Monde sonore frémissant car l’auteur du «Roi des aulnes» oscille toujours entre gaieté et tristesse… Quoique de coupe classique, cette sonate demeure peu rigoureuse et glisse délicieusement vers des digressions inattendues pour revenir, mine de rien, à ses thèmes initiaux. Changement de cap, de cadre, de paysage et de registre avec les éclats ensoleillés de la «Cordoba» d’Albeniz où flamboie toute une fougue ibérique. Pièce brillante aux rythmes forts et saccadés, cette œuvre est bien dans la tradition de l’inspiration folklorique andalouse qui a établi la réputation de celui qui fréquenta la Schala Cantorum, et fut l’élève de Liszt. Est-ce par malice, un brin d’irrévérence ou un simple jeu de l’esprit (et du programme) que Walid Hourani a décidé d’interpréter, comme un mélange de genre, cette œuvre de Shcherdrin (bien inconnu!) intitulée «A la Albeniz?». Comme une coulée d’eau bouillonnante, cette narration nous ramène à l’univers sonore châtoyant, souvent incandescent d’Albeniz sans lui appartenir totalement… Hommage à un maître ou simple pastiche? Les deux notions peut-être se rejoignent. Mystère et magie de la création qui peut glisser dans la peau d’un autre et être quelque chose de différent mais non lointain… plus lointaines sont ces pages des trois ragtimes que Walid Hourani interprète avec une étonnante jubilation, avec un plaisir quasi contagieux… Rythmes libres et libérés, pleins d’entrain et fourmillant de vie, ces ragtimes nous parlent avec une émouvante éloquence d’une négritude aujourd’hui plutôt banalisée… Une fois de plus changement de cap (quelle route tortueuse n’est-ce pas?) avec la fantaisie orientale de Balakierev, authentique émule de Liszt ici par son style rapsodique et sa recherche de sonorités nouvelles. L’on y retrouve dans un tourbillon de notes un thème caucasien animé et un second d’inspiration arménienne liant subitement modulation d’une mélopée aux sauts bondissants des bergers sous des hauts plateaux battus par le vent… Splendide talent d’un pianiste haut de gamme qui a tous les atouts en main, sonorités chaudes et profondes, phrasé parfait, jeu puissant et limpide, culture musicale étendue aux confins de l’érudition, sens de la composition et par-dessus tout, cette désarmante simplicité faite de jovialité, d’humilité, d’espoir et de dialogue, propre aux grands musiciens.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Il est de ces musiciens dont on attend régulièrement et avec intérêt les prestations, car il met une note bleue dans le ronron du paysage musical local… Avec lui, le piano est moment de grâce et pur bonheur. Il a toujours su offrir à ses nombreux amis et admirateurs un programme sortant des chemins battus où le grave et le ludique s’harmonisent en toute douceur… Walid Hourani, qui n’est plus à présenter parmi les fidèles et fervents pianistes qui reviennent au pays des cèdres, est l’hôte bienvenu d’un cycle de concerts au programme intéressant à plus d’un niveau. Mélangeant le myticisme de Bach aux accords syncopés du ragtime, les fantaisies orientales aux accents impétueux d’Albeniz, les états d’âme de Schubert aux pastiches d’Albeniz, voilà les vertus pleines d’audace d’un pianiste qui n’a...