L’ancien premier ministre Chou En-laï, qui aurait eu 100 ans cette année, reste l’homme politique préféré des Chinois, qui voient toujours en lui un rempart contre la folie maoïste et un symbole d’intégrité face à l’embourgeoisement des dirigeants actuels. «Beaucoup de gens trouvent que son comportement simple et son travail au service du peuple, sans rechercher le luxe pour lui-même, est très important pour la Chine d’aujourd’hui», résume Yang Yan, la coordinatrice de l’exposition «Chou En-laï, un bon premier ministre du peuple», ouverte à Pékin. Commémoration du centenaire «Il ne pensait presque jamais à lui et était très strict pour lui-même», relève Cheng Yuangong, l’ancien garde du corps de Chou, cité par le quotidien officiel «China Daily». L’exposition, installée pour un mois et demi au Musée d’histoire de la révolution, sur la place Tiananmen, coïncide avec le centenaire de la naissance de Chou, le 5 mars 1898. La première journée a attiré environ 2.000 visiteurs, selon les organisateurs. Le décès de Chou, le 8 janvier 1976, avait donné lieu à des déchaînements de ferveur populaire, culminant trois mois plus tard sur la place Tiananmen par des manifestations contre le régime maoïste finissant. Souvenirs de la «bande des quatre» Tout en réprimant violemment l’agitation, la «bande des quatre», dirigée par Jiang Qing, la femme de Mao Tsé-toung, et responsable des pires excès de la Révolution culturelle (1966-76), ne survivra ensuite pas plus d’un mois à la mort du Grand Timonier le 9 septembre. «Les Chinois ont été vraiment bouleversés par la mort de Chou. Les millions de gens qui sont venus alors place Tiananmen l’ont fait spontanément, ce qui n’a pas été le cas pour Mao», se souvient à la sortie de l’exposition une enseignante âgée de 14 ans à l’époque. «C’est grâce à lui que les Chinois n’ont pas plus souffert pendant la Révolution culturelle», renchérit un étudiant de 24 ans, reprenant la «ligne officielle» de l’exposition. Un serviteur zélé Malgré l’hostilité de la «bande des quatre», Chou «subit les humiliations tout en assurant l’importante tâche de continuer à faire fonctionner correctement l’économie populaire et en défendant les cadres dirigeants du parti, du gouvernement et de l’armée», indique un des rares panneaux consacrés à la période (1966-1976). L’ancien chef du gouvernement a ainsi «accompli un travail important pour obtenir la réhabilitation de Deng Xiaoping» à la fin de l’ère Mao, poursuit la version officielle. Cette interprétation a été mise en doute ces dernières années à l’étranger. Dans son livre «La vie privée du président Mao», le médecin de Mao, Li Zhisui, compare Chou En-laï à un serviteur zélé ne faisant qu’appliquer à la lettre les directives du Grand Timonier afin de se protéger lui-même. Un autre livre, qui doit être publié dans le courant de l’année aux Etats-Unis à partir des archives personnelles de Chou, assure que le premier ministre était bien partie prenante à la terreur d’Etat pendant la Révolution culturelle. Récupération du mythe L’exposition ne lève pas l’ambiguïté et ne parvient pas non plus à tirer Chou hors de l’ombre de Mao, comme l’illustre le buste du président trônant dans le bureau reconstitué du premier ministre. L’exposition, qui rassemble plus de 300 photos ainsi que des objets personnels, revient sur l’enfance de Chou, né dans une famille de mandarins du Jiangsu (est), puis sur son séjour en France dans les années 1920, où il rencontrera le communisme et un certain Deng Xiaoping. La propagande officielle ne manque pas de récupérer le mythe de Chou. Après le XVe congrès du Parti communiste chinois (PCC) en septembre 1997, la Chine réunie autour du président Jiang Zemin «traverse des changements historiques, alors que les idéaux et l’héritage de Chou En-laï entrent dans la réalité», assure un dernier panneau. (AFP)
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