La crise a ses chansons: le luk thung, musique traditionnelle dont le regain spectaculaire au détriment de la pop occidentale est l’illustration du retour aux «valeurs thaïlandaises» en ces temps de crise d’identité et de marasme économique. Populaire dans les campagnes mais longtemps méprisé à Bangkok, le luk thung a connu des hauts et des bas depuis sa naissance en 1938, raconte Jenpope Jobkrabuanwan, disk jockey qui a monté une compagnie pour préserver ce style de musique. «Aujourd’hui, les sentiments nationalistes conduisent les Thaïlandais qui admiraient les variétés occidentales à se tourner vers leur propre musique», explique-t-il. Les médias se font quotidiennement les chantres des «valeurs thaïlandaises», sinon du nationalisme, parfois légèrement teinté de xénophobie, face à ce qui est de plus en plus perçu comme le néocolonialisme économique de l’Occident. Le gouvernement a lancé une vaste campagne de solidarité nationale – baptisée «Les Thaïlandais viennent en aide aux Thaïlandais» – à laquelle participent l’armée, les grands corps de l’Etat, les moines... Il a aussi lancé une offensive commerciale pour «acheter thaï, consommer thaï». L’austérité n’est pas pour rien dans la popularité retrouvée du luk thung: «Quand les temps sont durs, il faut économiser et il est moins cher d’acheter des cassettes et des CD thaïlandais que de la musique importée», souligne Jenpope. Les cassettes de luk thung coûtent 60-80 baths, celles de pop anglo-saxonne 70-90 (moins de deux dollars). Aval royal Le luk thung a sa nouvelle star, Arpaporn Nakhonsawan, 25 ans, qui a dominé les hit parades de 1997 avec son tube «Lerk Laew Kah» (C’est fini), bluette sentimentale. Elle a vendu près d’un million d’exemplaires de son dernier album depuis sa sortie il y a six mois, alors que les huit précédents avaient été des fours! Il a aussi, pour la première fois, sa radio nationale 24 heures sur 24 depuis la fin août. Luk Thung FM est l’une des stations les plus écoutées de Bangkok. Auparavant, ce style de musique – plus ou moins boycotté par les radios de modulation de fréquence – n’était diffusé sur les ondes qu’après minuit, explique Arpaporn. Les airs sont faciles à fredonner et les paroles, le plus souvent frivoles, aisées à comprendre. Les producteurs mélangent chanson et dialogues, comme des extraits de conversation. «Les chansons parlent de la vie de tous les jours, c’est la raison pour laquelle elles sont si populaires», affirme Arpaporn. Certaines critiquent gentiment l’ordre social ou économique. Quelques stars ont abandonné la pop occidentale pour le luk thung, comme Got Jakraphand, un des chanteurs les plus connus du pays, qui a sorti plus de dix albums de luk thung ces dernières années et donne des concerts pour les communautés thaïlandaises à l’étranger. Le luk thung compte parmi ses adeptes Son Altesse Royale la princesse Maha Chakri Sirindhorn, qui a même écrit un succès dans ce style intitulé «Som Tum», du nom du plat favori des Thaïlandais. (AFP)
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