Un doublé à l’actif de l’«Association des amis du musée de l’AUB» en présence de Mme Elias Hraoui: une conférence donnée par la nouvelle présidente, Mme May Richani, sur le thème «Le bijou raconte»; et une exposition d’«ornements et amulettes», déployant un art majeur qui remonte à la nuit des temps. Trois cents pièces provenant des musées de Damas, Amman, Beyrouth, de l’AUB mais aussi de collections privées, et portant le poinçon mésopotamien, égyptien, phénicien, gréco-romain, islamique ou ottoman, 7.000 ans. Dans une scénographie signée Nada Zeineh Khoury, une dame de Hourane (en basalte, IIIe siècle après J.-C.), quatre citoyennes de Palmyre (IIe siècle après J.-C.) et une profusion de figurines cananéennes, phéniciennes et hellènes, parées de leurs plus beaux atours, recensent les matériaux précieux et fantaisistes, les lignes de force et de mutations des créateurs de différentes époques. Une pâte de verre ou un os, ou encore un caillou deviennent sublimes après l’intervention de l’artiste et de l’artisan qui étaient aussi bien inspirés par la texture de l’or que celle de la perle, du lapis lazuli, de l’agate, de la cornaline, de la turquoise, du cristal de roche, du bronze, de l’argent... Une rhapsodie de couleurs qui provoque l’enchantement de l’œil par la puissance immuable d’un mouvement à la fois éternel et fugitif. Et comme dans toute manifestation, des vedettes se détachent pour marquer un art majeur lié à l’histoire de l’humanité: le collier (or, cristal de roche et grenat) de «la jeune Lolita» la plus ancienne Cananéenne retrouvé en 1996 lors des fouilles dans le centre-ville, secteur Rivoli. Mais aussi, taillé dans l’os, le collier «Natufian» du nom des habitants qui occupaient la vallée du Jourdain en l’an 7.000 avant J.-C. Un oiseau à tête de chacal (en or et lapis) mis à jour à Our. Un bracelet d’or travaillé en filigrane, de l’époque gréco-romaine. Une tête de méduse sculptée dans l’or et sertie de perles et de cornalines... La liste est très longue et il faudrait des colonnes pour citer ces chefs-d’œuvre, fruit de l’habileté, de l’intelligence et du rêve des artistes qui les ont créés. Le bijou, un inutile indispensable, aucune civilisation n’a pu s’en passer. S’il répond à l’aspiration de chacun, pour la parure, l’exhibition ou le placement, il déroulait aussi à la faveur d’une spiritualité ou d’un culte des vertus magiques de protection et de pouvoir. A travers les âges, les objets porte-bonheur, expression d’une spiritualité ou d’un culte, vagabondent dans les styles, les matériaux, les couleurs et les formes: l’œil d’Horace, le papyrus, le scarabée, les mains, le scorpion, le poisson, le croissant, les croix byzantines... Au programme également des coiffes, des pins, des fibules, des bagues... Les hommes en étaient très friands et le restent encore. Signes, symboles et évolution du bijou La conférence donnée par Mme May Richani était accompagnée de projection de slides représentant sur fresque des ateliers de bijoux illustrant les différentes techniques du martèlement de l’or, de sa granulation, de sa ciselure, de la production de la chaîne, mais aussi,des tailleurs de pierres... et leurs différentes productions à travers le développement culturel et industriel d’une société. Dans la chronologie de l’histoire du bijou, la conférencière met l’accent sur les différentes techniques de cette activité artisanale et artistique, la symbolique attribuée aux pierres précieuses et à l’or, son langage et sa beauté. Du bijou phénicien, May Richani dit: «La Phénicie a subi un brassage des civilisations égyptiennes, mésopotamiennes, perses, grecques et romaines. L’art phénicien, spécifiquement le bijou, est imprégné de techniques et de symboles de ces différentes civilisations, qu’il a diffusées dans les différents comptoirs de la Méditerranée». Le bijou grec, de la période classique, tout en or, «est symbole de puissance et de rang social. Mais les motifs de divinité et la quantité de pièces retrouvées sous les décombres des sanctuaires attestent de son rôle iconographique». Quant au bijou romain très simple et très sobre, «il est à l’image de l’état d’insécurité de Rome menacée par les dangers des guerres puniques. La République romaine, voulant assurer ses réserves d’or, promulgue la loi OPIA qui condamne le luxe et limite la possession d’or à une demi-once par personne. Mais les chevaliers et les dignitaires sont privilégiés d’une bague en or comme signe de noblesse. Toutefois, à la fin des guerres puniques contre Hannibal, et avec l’annexion du monde hellénistique dans les années 27 avant J.-C. les dames romaines obtiennent l’abrogation de la loi OPIA... Il en résulte un déferlement de richesses et de pierres précieuses» souligne Mme Richani. Avec la montée des religions monothéistes, «le grand tournant dans le monde du bijou prend un aspect religieux. La croix chrétienne ou le croissant islamique ne sont que les reflets de la symbolique de la foi . Mais le bijou des périodes byzantines et islamiques garde son rôle comme parure sociale». Mais entre temps, «l’homme a gardé un rapport étroit avec les amulettes talismaniques et protectrices. Les croyances populaires et la superstition font qu’on retrouve un répertoire varié de symboles amulétiques à travers les siècles». Abordant le 20e siècle, la conférencière met l’accent sur l’industrialisation de cet ouvrage et sa production en masse pour une société de consommation. «Le bijou actuel devient de plus en plus universel et perd quelque peu de sa personnalité ethnique. Quant à l’or, métal noble et éternel, il acquiert de plus en plus une mesure de valeur, donc de symbole de pouvoir», a-t-elle conclu. May MAKAREM
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