Pour la France, ce fut longtemps la Cochinchine. Moyenne annuelle: 26 degrés. Ce qui signifie tourisme. A l’ombre du pétrole, cela donne des hôtels et des entreprises qui sont la propriété des géants régionaux de l’or noir. Et aussi du sexe, dans Vung Tau, avec ses «salons de massage». Les colons français auraient aujourd’hui du mal à reconnaître leur villégiature favorite de Cochinchine: le cap Saint-Jacques est devenu Vung Tau, reine du pétrole et du tourisme de masse. En fin de journée, retraités en pyjamas rayés et touristes contemplent le coucher du soleil sur la corniche face à la mer de Chine du sud, mais ce sont des pétroliers et des porte-conteneurs qui se détachent sur l’horizon. Les riches colons appréciaient «le Cap», ses 26 degrés de moyenne annuelle, ses bougainvilliers, sa plage des Amandiers et la brise du large qui leur faisaient oublier la suffocante moiteur de Saïgon, à 120 kilomètres de là. Aujourd’hui, de nombreuses villas coloniales ont été détruites ou transformées en pensions dans cette station balnéaire de 170.000 habitants. Dans le centre de Vung Tau, les échoppes pour touristes vendant des colliers de coquillages ou des maquettes de trois-mâts bouchent la vue de la mer. Phan Bach Nhat, vice-directeur du département du plan et de l’investissement de la province de Ba Ria-Vung Tau, n’hésite pas une seconde quand on l’interroge sur les principales ressources de la province: «Le pétrole et le tourisme». Il suffit de voir les imposants sièges de la russo-vietnamienne VietsovPetro ou de Petrovietnam pour comprendre le rôle joué par l’or noir dans la croissance de la province. Le PIB par habitant s’y est élevé à près de 600 dollars l’an dernier, contre 270 dollars pour l’ensemble du pays. En y incluant le pétrole, il a frôlé 1.700 dollars. Année difficile Les près de 10 millions de tonnes de brut produites l’an dernier par le Vietnam ont toutes été extraites des gisements offshore de Ba Ria-Vung, où de nombreuses activités se sont greffées sur l’industrie petrolière et gazière. Ba Ria-Vung Tau a été la première province à décoller quand Hanoï a lancé en 1986 sa politique d’ouverture économique. «C’est nous qui avons eu les cinq premiers projets d’investissement étranger du pays», signale fièrement M. Nhat. Autre source de recettes, le tourisme/ 2,8 millions de personnes sont venues l’an dernier dans la province, dont 320.000 étrangers. «On a une situation privilégiée, la mer, des îles, des montagnes, des rivières», explique Nguyen Trong Tin, vice-directeur du département du Tourisme. Là encore on retrouve le pétrole. La Oil Service Company possède 10 des 63 hôtels de la province et Petrovietnam a créé sa propre entreprise de tourisme. Mais Ba Ria-Vung Tau connaît les mêmes problèmes que le reste du pays. Le séjour moyen n’est que de 1,5 jour par personne et le taux d’occupation des hôtels de 35%. «Le tourisme a baissé, on a trop d’hôtels, deux viennent de fermer», explique M. Nhat. La crise d’Asie du sud-est commence à se faire sentir, car la majorité des touristes étrangers sont asiatiques. Vung Tau est aussi devenue la capitale régionale du sexe, avec une forte densité de «salons de massage» spécialisés. «Tous les établissements ont été contrôlés», affirme le responsable, «des milliers de prostituées ont été envoyées dans un centre de rééducation de la province». Avec l’accumulation des difficultés économiques depuis 1996 et maintenant la crise régionale, Ba Ria-Vung Tau pourrait avoir mangé, le premier, son pain blanc. Les investissements étrangers ont nettement baissé l’an dernier. «Je pense que l’année 1998 va être difficile», estime M. Nhat. le grand projet de port en eau profonde avec la Malaisie, Taïwan et Singapour (640 millions de dollars) «sera certainement affecté par la crise», reconnaît-il. (AFP)
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