La prospérité des Chypriotes-Grecs vivant dans le sud de l’île tranche avec le niveau de vie des 201.000 citoyens de la «République turque de Chypre du Nord» (RTCN), reconnue uniquement par Ankara et qui en dépend économiquement depuis 1974. Avec 4.106 dollars par habitant — contre 13.000 au Sud —, le PNB en «RTCN» n’atteint pas le tiers de celui des 650.000 citoyens de la République de Chypre, reconnue par l’ONU. Les dirigeants de la «RTCN» attribuent cette disparité à «l’embargo imposé par la communauté internationale, et notamment l’Union européenne (UE), qui ne reconnaît que l’administration chypriote-grecque» à laquelle les Chypriotes-turcs dénient «le droit de représenter toute l’île». Principale importatrice d’agrumes et de pommes de terre chypriotes, l’UE exige un certificat d’origine reconnu, obligeant les agriculteurs de la RTCN à faire transiter tous leurs produits par la Turquie, ce qui les rend moins compétitifs. La balance commerciale de la RTCN a ainsi accusé, en 1996, un déficit de 259 millions de dollars. Le tourisme au Nord génère 220 M USD par an, contre près de 2 milliards USD au Sud. Quelque 180.000 Turcs et près de 120.000 Européens, notamment britanniques et allemands, visitent chaque année la RTCN, après avoir transité par un aéroport turc. Croissance en dents de scie La croissance économique de la «RTCN», en dents de scie, est passée de -4,1% en 1994, à 4,2% en 1995, pour retomber à -1,4 en 1996, avec une inflation prévue pour 1998 de plus de 70%. Dans le Sud, la croissance a atteint 2% en 1997, avec une inflation de 3,6%. En 1996, le budget de la RTCN atteignait 293 M USD, dont 111,5 M d’aides et de prêts. La majeure partie a été consacrée aux salaires du secteur public, aux projets d’infrastructure et à la défense, le tout lié au protocole de 250 M USD signé avec Ankara. Pour parer aux difficultés financières, on «privatise» des biens appartenant à des Chypriotes-Grecs, telle la vente récente à une firme turque, pour 30 M USD, d’un hôtel de Famagouste (Est). Faute de contrôle international, le secteur bancaire offshore prospère avec 49 banques, dont 3 turques et une séoudienne. Leurs dépôts ne sont toutefois pas publiés. Plusieurs projets financés par l’UE au profit de toute l’île ne peuvent pas être réalisés au Nord en raison du manque de coopération de la RTCN avec le gouvernement de Nicosie, selon des sources diplomatiques. Un forum économique organisé fin 1997 à Bruxelles sous l’égide de l’envoyé spécial américain pour Chypre Richard Holbrooke et du commissaire européen Hans Van den Broek a néanmoins permis l’adoption de quelques mesures facilitant les échanges entre hommes d’affaires des deux zones. (AFP).
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