Les avatars du président Bill Clinton sidèrent en France, où sexe et mensonge ont toujours fait bon ménage avec le pouvoir, du roi Louis XIV au président François Mitterrand. Les Français semblent ne plus avoir besoin de connaître le fin mot judiciaire des prétendues frasques du président américain dans l’affaire Lewinsky: ils l’ont déjà absout, sans même penser qu’il s’agissait d’un péché. «Impossible chez nous!», se réjouit le magazine «Le Nouvel Observateur», alors que le quotidien «Le Parisien» résume d’un titre «Très content d’être Français» la réaction de la classe politique, de gauche ou de droite. «L’Amérique? Un pays de fous!», s’est exclamé un député gaulliste Pierre Lellouche, en plein accord avec un communiste Alain Bocquet, pour qui «c’est terrible de voir le sort du monde suspendu à la braguette de Clinton». Le président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, Jack Lang, ancien ministre de la Culture, en a trouvé plusieurs pour qualifier l’affaire de «surréaliste», «saugrenue», «hallucinante» et «de retour à l’Inquisition». «Dieu merci, la vie publique française est préservée de ces moeurs d’un autre âge», a conclu M. Lang, fidèle parmi les fidèles du défunt président socialiste François Mitterrand. La gaudriole Sans puiser dans les annales de la royauté française, où figurent en bonne place la Montespan, favorite de Louis XIV ou la Pompadour, maîtresse de Louis XV, la double famille du président Mitterrand ne fit nullement scandale. C’est sur le tard, et après avoir tout fait, y compris par des moyens illégaux, que le président Mitterrand admit l’existence d’une fille naturelle, Mazarine, née en 1974 d’une liaison avec une maîtresse, Anne Pingeot. A ses obsèques, en janvier 1996, cette «seconde famille» se retrouva aux cotés de son épouse officielle, Danielle, et de ses deux fils Jean-Christophe, et Gilbert sous les regards d’une France tout à fait émue. Mais une enquête judiciaire a mis en évidence qu’une cellule policière, mise en place à l’Elysée, a procédé à des centaines d’écoutes téléphoniques notamment pour «protéger la vie privée» du président Mitterrand. Des hommes politiques, journalistes ou écrivains, notamment Jean-Edern Hallier qui menaçait de révéler l’existence de Mazarine, et même Mme Pingeot ont été ainsi écoutés, selon cette enquête entravée par le «secret défense». «Dans tous les secteurs, François Mitterrand, adultère et menteur, fait bien mieux que Clinton» estime un académicien Jean d’Ormesson, pour ajouter que «la morale n’y trouve pas son compte, mais l’équilibre international n’est pas ébranlé». Après avoir énoncé quelques poncifs sur le pouvoir aphrodisiaque, et relevé qu’en France, la vulgate veut qu’«abondance de femmes ne nuit pas», «Le Nouvel Observateur» se demande: «Y aurait-il une exception gauloise?» Bien au contraire, pour ce magazine de gauche, «s’il existe une exception sexuelle, elle est anglo-saxonne». Et la mansuétude française s’expliquerait surtout pas l’esprit de tolérance et non le goût de la «gaudriole». Mais pour l’ancien ministre de la Justice Robert Badinter, cet esprit là, dont les Français se vante, en néglige un autre, essentiel aux yeux des Américains, l’esprit des lois. «Un tel scandale est totalement impossible en France, et il convient de s’en réjouir», souligne encore l’hebdomadaire satirique «Le Canard enchaîné». Mais, ajoute-t-il, «on n’a jamais poussé dehors un président qui ment. Faut-il pour autant s’en féliciter?» (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les avatars du président Bill Clinton sidèrent en France, où sexe et mensonge ont toujours fait bon ménage avec le pouvoir, du roi Louis XIV au président François Mitterrand. Les Français semblent ne plus avoir besoin de connaître le fin mot judiciaire des prétendues frasques du président américain dans l’affaire Lewinsky: ils l’ont déjà absout, sans même penser qu’il s’agissait d’un péché. «Impossible chez nous!», se réjouit le magazine «Le Nouvel Observateur», alors que le quotidien «Le Parisien» résume d’un titre «Très content d’être Français» la réaction de la classe politique, de gauche ou de droite. «L’Amérique? Un pays de fous!», s’est exclamé un député gaulliste Pierre Lellouche, en plein accord avec un communiste Alain Bocquet, pour qui «c’est terrible de voir le sort du...