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Actualités - Chronologie

Baïkonour, triste musée des rêves envolés des navettes spatiales soviétiques

La navette russe «Bouran», qui n’a volé qu’une seule fois faute d’argent, est toujours conservée pieusement par ses ingénieurs du cosmodrome de Baïkonour, au Kazakhstan, qui évoquent avec nostalgie leurs rêves brisés, à l’heure même où les Américains rendent visite à la station Mir dans leur navette Endeavour. Deux immenses halls, sur la base de Baïkonour (située au Kazakhstan mais utilisée par la Russie), gigantesques cathédrales de métal vouées au culte de l’espace, se sont transformés malgré eux en musée des derniers projets spatiaux de l’URSS. Le hall «Bouran», où trône la navette russe, et le complexe «Energuia», où sont entreposées trois fusées géantes, conçues dans les années 80 pour transporter les navettes en orbite, et dont deux exemplaires seulement ont été tirés, dont un à titre d’essai. «Si vous perdiez votre enfant après l’avoir choyé pendant des années, comment le prendriez-vous?», répond le numéro deux du site Energuia à Baïkonour Anatoli Pavlov, interrogé sur sa réaction à l’abandon du projet Bouran. Le 30 novembre 1988, l’Union Soviétique annonçait la réussite d’un vol expérimental, sans équipage, de sa navette. Lancée par une fusée Energuia, une «Bouran» avait effectué plusieurs orbites et était revenue se poser à Baïkonour, en régime télécommandé. L’équipage de cinq hommes qui devait réaliser le premier vol habité était prêt. Il avait suivi un entraînement à la Cité des Etoiles, et n’attendait plus qu’un feu vert des autorités spatiales. En vain. Faute d’argent, l’URSS en pleine déconfiture de Mikhaïl Gorbatchev abandonnait un projet quasiment bouclé. Un énorme gâchis de moyens et d’intelligence. «Nous avions négocié à l’époque une participation américaine au programme Bouran, mais ça n’a pas abouti», révèle Alexandre Gevorkian, le chef du hall «Bouran» de Baïkonour. «Théoriquement, si nous trouvions de l’argent, nous pourrions reprendre le programme sans délai», ajoute-t-il. Aujourd’hui, M. Gevorkian montre aux visiteurs «la» navette du vol expérimental, sans tarir d’éloges. Semblable aux navettes américaines, en plus trapue, Bouran mesure 40 mètres de long pour 34 d’envergure. Elle est entièrement revêtue de petites tuiles larges comme une main, destinées à la protéger des brûlures lors de la rentrée dans l’atmosphère. Sous l’aile droite, M. Gevorkian indique quelques traces blanchâtres: «Les seules cicatrices de son baptême spatial. Sur 34.000 tuiles, nous n’en avons perdu que quatre lors du vol inaugural», assure-t-il avec fierté. Les Soviétiques avaient construit cinq navettes, à différents stades de développement. L’une d’elles, utilisée pour les essais d’atterrissage, trône dans un parc d’attraction de Moscou. Les autres sont à Baïkonour. Quant aux fusées Energuia, désormais trop chères à lancer, elles sont déjà des pièces de musées: plusieurs de leurs composants ont dépassé leur délai de garantie, et une reprise de l’exploitation obligerait à tout recontrôler de A à Z. (AFP)
La navette russe «Bouran», qui n’a volé qu’une seule fois faute d’argent, est toujours conservée pieusement par ses ingénieurs du cosmodrome de Baïkonour, au Kazakhstan, qui évoquent avec nostalgie leurs rêves brisés, à l’heure même où les Américains rendent visite à la station Mir dans leur navette Endeavour. Deux immenses halls, sur la base de Baïkonour (située au Kazakhstan mais utilisée par la Russie), gigantesques cathédrales de métal vouées au culte de l’espace, se sont transformés malgré eux en musée des derniers projets spatiaux de l’URSS. Le hall «Bouran», où trône la navette russe, et le complexe «Energuia», où sont entreposées trois fusées géantes, conçues dans les années 80 pour transporter les navettes en orbite, et dont deux exemplaires seulement ont été tirés, dont un à...