Les nouvelles accusations d’infidélité et de tentative d’obstruction de la justice qui pleuvent sur le président Bill Clinton depuis une semaine commencent à se retourner contre les médias accusés d’oublier de vérifier leurs sources, jamais identifiées. La «First Lady» Hillary Rodham Clinton a rappelé mardi lors de sa première interview depuis le début de l’affaire, au réseau NBC, que le scandale reposait sur des «rumeurs et des sous-entendus», et dénoncé la «tempête d’allégations» ainsi que la «frénésie» qui entourent cette affaire. La veille, l’avocat de Bill Clinton dans l’affaire Paula Jones avait demandé d’avancer la date du procès, affirmant qu’avant même d’être jugé «le président est sali dans les médias». «Les insinuations, les ragots et les on-dit sont présentés comme des faits», écrivait Robert Bennett au juge du tribunal de Little Rock (Arkansas). «Des allégations, de sources anonymes, sont présentées comme crédibles», disait-il, faisant implicitement référence au scandale Monica Lewinsky. «Les médias font-ils fi de toute prudence?», demande le «Washington Post», tandis que le présentateur vedette de CBS, Dan Rather, estime dans le quotidien «USA Today» que les exigences du journalisme «ont complètement disparu». Nombre de reporters, tous anonymes, se disent choqués que la star d’ABC, Peter Jennings, ait ouvert son journal de vendredi soir avec des «informations» selon lesquelles du sperme présidentiel aurait été trouvé sur une robe de Monica Lewinsky. De la balle à la bombe «A» Parmi les autres «informations» véhiculées ces derniers jours: M. Clinton aurait eu «une centaine» de maîtresses, il aurait eu une liaison avec une de ses cousines, il aurait eu des conversations téléphoniques érotiques avec Mlle Lewinsky. «Le marché a été modifié au cours des dernières années par des forces comme la montée de l’Internet et les chaînes d’information en continu», note le «New York Times». «Nous sommes passés trop vite de la balle à la bombe atomique», commente Joan Konner, directrice de la publication de la «Columbia Journalism Review», trimestriel de l’école de journalisme de la célèbre université new-yorkaise. Matt Drudge, responsable du Drudge Report, un service de ragots sur Internet qui, dès le 17 janvier, assurait que «Newsweek» détenait des enregistrements explosifs mais refusait de publier un article, est désormais l’invité des talk-shows télévisés au même titre que les analystes politiques consacrés. Le seul élément officiel de l’affaire est que le procureur spécial Kenneth Starr a obtenu le feu vert de l’Attorney General (ministre fédéral de la Justice) Janet Reno, souvent accusée par les républicains de protéger le président démocrate, pour enquêter sur ces rumeurs. Dans la nuit de lundi à mardi, le «Dallas Morning News» a «tué» un article assurant qu’un agent du Secret service avait accepté de témoigner contre Bill Clinton en affirmant qu’il l’avait vu dans une situation compromettante avec cette ancienne stagiaire de la Maison-Blanche. La rumeur avait déjà été évoquée dimanche par le réseau télévisé ABC, non sourcée, et elle avait été reprise depuis par plusieurs quotidiens sans source («New York Post», «New York Daily News») ou avec des sources variées: ABC pour le «Chicago Tribune», «proches de l’enquête» pour le «Washington Post» et le «Los Angeles Times», «policières officielles» pour le «Wall Street Journal». Le porte-parole de la Maison-Blanche, Michael McCurry, avait dénoncé lundi cette histoire «fabriquée de toutes pièces». Mais mardi, le «New York Post» barrait de nouveau sa «une» d’un énorme: «Un agent du Secret service va témoigner: ‘je les ai vus’», utilisant en page intérieure le «Dallas Morning News». (AFP).
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