Le président Mohammad Khatami, qui joue à la fois son image sur la scène internationale et sa survie politique en Iran, s’adonne à un périlleux exercice d’équilibrisme en évoquant les relations avec les Etats-Unis, le «Grand Satan selon l’idéologie officielle iranienne. Vivement attaqué à la suite des signes, pourtant timides, d’ouverture qu’il avait donné début janvier dans un message au «grand peuple américain», le président iranien a durci spectaculairement le ton vis-à-vis de Washington. Dans une intervention lundi soir au mausolée de l’imam Khomeiny, lieu hautement symbolique pour le régime islamique, le président iranien a semblé oublier son appel à «ouvrir une brèche dans le mur de défiance» entre les deux pays, pour entonner sans état d’âme la rhétorique anti-américaine. Le président iranien, dont les propos ont été largement retransmis par la presse écrite et audiovisuelle, a affirmé que «des négociations ou des relations avec le gouvernement oppressif des Etats-Unis sont inutiles». «Notre révolution a délivré notre peuple de la domination de ce maître (les Etats-Unis) et jamais plus il ne s’y soumettra», a encore déclaré le chef de l’Etat, parfaitement en phase avec le dogme dominant en Iran. Le président iranien a toutefois mentionné, brièvement certes, son souhait de conduire une politique qui «apaise les tensions» avec l’étranger, le leitmotiv de son programme de politique étrangère. Au cours de son intervention, M. Khatami n’a pas réitéré — mais il ne l’a pas renié non plus — son souhait de voir se développer les contacts culturels et touristiques entre les deux pays, qui avait constitué le point le plus marquant de son intervention sur CNN le 8 février dernier. Calmer le jeu Dans cette interview sans précédent sur la chaîne américaine, M. Khatami avait vivement critiqué Washington et s’était abstenu de proposer tout dialogue direct. Mais son ton exceptionnellement ouvert et chaleureux envers le «grand peuple des Etats-Unis» avait suscité un espoir d’amorce de détente, après presque vingt ans de rupture. Le revirement de ton de M. Khatami survient alors qu’il est soumis depuis des semaines à d’intenses pressions pour ne pas aller au-delà de ce que le régime considère comme «politiquement correct» vis-à-vis des Etats-Unis. Le Guide de la république islamique et premier personnage du régime, l’ayatollah Ali Khamenei, avait clairement indiqué vendredi dernier que toute discussion avec le «Grand Satan» était hors de question. «En rappelant avec insistance qu’il n’envisage pas lui non plus la moindre négociation avec les Etats-Unis, le président Khatami cherche manifestement à calmer le jeu après les fortes réactions internes suscitées par son intervention sur CNN», relève un diplomate européen à Téhéran. La presse iranienne avait déjà souligné la très faible marge de manœuvre de M. Khatami sur ce sujet, en soulignant que toute idée de discussion avec Washington restait un «suicide politique» en Iran. La montée d’un débat, en particulier dans la presse, ne pouvait par ailleurs que gêner le régime alors que le pays s’apprête à célébrer le 19e anniversaire de la révolution tout au long des premiers jours de février. Un simple tournoi international de lutte début février, auquel des sportifs américains ont été invités, risque ainsi lui aussi de déchaîner les passions. Un député conservateur iranien, Ali Asgar-Alizadeh, a d’ores et déjà protesté. «Comment pouvons-nous hisser le drapeau américain dans le gymnase, alors qu’à l’extérieur cet emblème, symbole de trahison et de crime, sera brûlé?», s’est interrogé le parlementaire. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le président Mohammad Khatami, qui joue à la fois son image sur la scène internationale et sa survie politique en Iran, s’adonne à un périlleux exercice d’équilibrisme en évoquant les relations avec les Etats-Unis, le «Grand Satan selon l’idéologie officielle iranienne. Vivement attaqué à la suite des signes, pourtant timides, d’ouverture qu’il avait donné début janvier dans un message au «grand peuple américain», le président iranien a durci spectaculairement le ton vis-à-vis de Washington. Dans une intervention lundi soir au mausolée de l’imam Khomeiny, lieu hautement symbolique pour le régime islamique, le président iranien a semblé oublier son appel à «ouvrir une brèche dans le mur de défiance» entre les deux pays, pour entonner sans état d’âme la rhétorique anti-américaine. Le...