Elle ne parle pas, ne fait officiellement pas de politique. Sonia Gandhi est pourtant partout, incontournable. Dans la crise politique que vit aujourd’hui l’Inde, Sonia, 50 ans, héritière malgré elle de la «dynastie» Nehru-Gandhi, joue, comme presque toujours depuis l’assassinat de son mari le 21 mai 1991, le rôle du sphinx, omniprésent et muet. Il est vrai que cette femme altière qui porte le sari avec élégance, celle que l’on appelle l’«Impératrice douairière», la «Duchesse», la «Première Dame» d’Inde, la «star», ou simplement «Sonia», semble faire tout ce qu’il faut pour soigneusement entretenir le «mythe» Gandhi. Cette mère de deux enfants va-t-elle enfin entrer en politique, sauver le parti du Congrès en déclin? Hommes politiques et journalistes sont à l’affût du moindre «signal» venant du 10, Janpath, le bungalow gouvernemental où elle vit sous forte sécurité au centre de New Delhi. Elle ne donne aucune interview, fait peu de déclarations publiques. Mais les dirigeants du Congrès, parti de son mari défunt, n’ont de cesse d’obtenir son aval, tout au moins d’affirmer qu’ils l’ont. Un dirigeant étranger se doit d’aller la voir, le plus récemment le leader palestinien Yasser Arafat. De temps à autres, souvent ces derniers temps, une photo de «Madame» apparaît en bonne place dans la presse, montrant qu’elle est bien là. Alors que le président K.R. Narayanan consultait les partis pour appeler à des élections après la démission du gouvernement, Sonia venait, coïncidence ou pas, lui présenter un nouveau livre sur Rajiv, et apparaître brièvement en pleine lumière. «Elle a acquis une autorité et un respect absolus, mais d’une distance suffisante et convenue. Cette ambiguité calculée l’a bien servie, ajoutant à sa mystique et à son aura», écrit le commentateur Vinod Mehta dans le magazine Outlook, «plaidant coupable» de se prêter, lui aussi, au «passe-temps national» consistant à étudier les moindres faits et gestes de Sonia. Ambiguité est précisément le mot. Sonia Gandhi, qui s’était farouchement opposée à ce que son mari ne devienne le dauphin de sa mère Indira après la mort accidentelle de son frère Sanjay, l’héritier désigné, a toujours refusé les avances du Congrès l’appelant à franchir le pas. Mais elle donne — à tort ou à raison — l’impression qu’elle pourrait un jour le faire, bien qu’elle y ait probablement tout à perdre tant le Congrès est affaibli. C’est assez pour susciter la colère des nationalistes hindous qui critiquent l’«étrangère» (elle n’a pris la nationalité indienne que 15 ans après son mariage). A moins que ce ne soient les différentes factions du parti qui se servent d’elle. Les «durs» du Congrès viennent d’obtenir la chute du gouvernement en arguant d’un rapport accusant un parti au pouvoir de complicité avec les assassins de Rajiv. C’était pour eux une occasion de tenter de secouer un parti déclinant en jouant sur l’émotion, et en espèrant le soutien de Sonia. Car, et c’est l’une des seules certitudes, celle-ci a un but principal: faire la lumière sur l’assassinat de son mari, attribué aux guérilleros tamouls srilankais, et les différentes complicités en Inde. Une information de presse indiqua que Sonia était enfin prête à prendre en main le parti. Certains espéraient au Congrès que ce serait le déclic pour faire renaître le «mythe Gandhi», retrouver le lustre d’antan, remporter des élections anticipées. Rien ne vint confirmer. L’énigme se poursuit. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Elle ne parle pas, ne fait officiellement pas de politique. Sonia Gandhi est pourtant partout, incontournable. Dans la crise politique que vit aujourd’hui l’Inde, Sonia, 50 ans, héritière malgré elle de la «dynastie» Nehru-Gandhi, joue, comme presque toujours depuis l’assassinat de son mari le 21 mai 1991, le rôle du sphinx, omniprésent et muet. Il est vrai que cette femme altière qui porte le sari avec élégance, celle que l’on appelle l’«Impératrice douairière», la «Duchesse», la «Première Dame» d’Inde, la «star», ou simplement «Sonia», semble faire tout ce qu’il faut pour soigneusement entretenir le «mythe» Gandhi. Cette mère de deux enfants va-t-elle enfin entrer en politique, sauver le parti du Congrès en déclin? Hommes politiques et journalistes sont à l’affût du moindre «signal»...