Les principaux pays de l’Union européenne, inquiets de l’afflux de clandestins kurdes sur les côtes italiennes, ont lancé des concertations destinées à mieux coordonner leurs actions en la matière. Un porte-parole de la Commission européenne a annoncé hier que les membres du «groupe de travail» de Schengen (Allemagne, France, Benelux, Italie, Espagne, Portugal, Autriche) organiseraient demain dans la capitale belge, suite à une demande des Pays-Bas, une réunion à ce sujet (VOIR AUSSI PAGE 9). Les contrôles aux frontières sont abolis entre les pays du groupe Schengen dont l’objectif est la création d’un vaste espace de libre-circulation des personnes. Bonn et La Haye en particulier s’inquiètent des conséquences de la législation italienne selon laquelle un immigrant clandestin dispose de 15 jours après son arrivée sur le sol italien pour en repartir librement. Jeudi, des responsables des polices italienne, française, allemande, turque, grecque et hollandaise doivent se réunir en Italie sur le sujet, à l’initiative du chef de la police italienne Fernando Masone. «L’Europe donnera vie à une forme d’action coordonnée», a estimé le président du Conseil italien Romano Prodi, estimant qu’une coopération européenne était «nécessaire» pour appréhender le phénomène. Le ministre français des Affaires étrangères, Hubert Védrine, a lui aussi appelé l’UE à adopter «une position ordonnée, homogène, conforme à ses grands principes et à la législation». Pays de prédilection des clandestins kurdes, l’Allemagne a toutefois durci sa position hier, présentant par la voix de son ministre de l’Intérieur ses exigences à Rome. Il est «nécessaire que la conférence des experts des questions de police venus des Etats signataires des accords de Schengen débouche sur des résultats concrets et ne s’achève pas par de simples assurances diplomatiques», a estimé Manfred Kanther. «Nous devons nous réserver la possibilité d’exiger, au vu des résultats concrets de la réunion de Rome le 8 janvier, une conférence extraordinaire des Etats signataires de Schengen sur l’arrêt de l’immigration clandestine en Europe occidentale», a-t-il prévenu. Il réclame des contrôles beaucoup plus sévères dans les ports et sur les ferries en Turquie, en Grèce et en Italie, un renforcement des contrôles sur les routes italiennes, l’instauration de contrôles au départ de la Turquie et de la Grèce vers les Balkans, des mesures de rétorsion contre les compagnies aériennes et maritimes transportant des clandestins et la mise en place d’un système unifié de prise d’empreintes. Les accords de Schengen sur la libre circulation ne valent «que s’ils sont mis en œuvre de la même manière par tous les partenaires», fait-il observer, «c’est ce que fait l’Allemagne et c’est ce qu’elle exige de ses partenaires». Pour sa part, le ministre turc de l’Intérieur a estimé que l’immigration clandestine des Kurdes vers les pays de l’UE se poursuivrait tant que ces pays toléreraient la présence sur leur sol du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, séparatistes kurdes de Turquie), en rébellion contre Ankara. «Cela (l’immigration clandestine) est un commerce d’esclaves mené par le PKK en collaboration avec des compagnies illégales», a affirmé Murat Basesgioglu. Suite aux informations de sources kurdes selon lesquelles des milliers de candidats à l’exil attendaient en Turquie de s’embarquer pour les côtes italiennes, la police turque a arrêté dans des hôtels et des pensions d’Istanbul plus de 300 Kurdes irakiens et plusieurs passeurs. A Bagdad, le vice-président du Parlement irakien Ajil Jalal Ismaïl a pour sa part affirmé que «les opérations militaires permanentes de la Turquie dans cette région ont poussé les Kurdes à fuir». «La Turquie encourage l’immigration clandestine du nord de l’Irak parce qu’elle veut vider cette région afin de servir ses intérêts», a-t-il estimé.
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