La Thaïlande mise sur le tourisme étranger, au moyen d’une ambitieuse campagne de promotion biennale, afin d’encaisser les devises dont elle a désespérément besoin pour sortir de son marasme financier. La campagne «Amazing Thaïlande» (Etonnante Thaïlande), qui vient de démarrer en fanfare, a pour but avoué d’attirer 17 millions de visiteurs et collecter 600 milliards de bahts (12,8 milliards USD) en devises en 1998 et 1999. L’Office du Tourisme, qui a dépensé 30 millions de bahts(638.000 USD) pour le lancement d’«Amazing Thaïland», espère vendre à l’étranger l’image d’un pays «sans pollution, sans crime ni épidémie». Selon le premier ministre Chuan Leekpai, cette campagne est «cruciale pour l’économie du pays et essentielle pour apporter les devises étrangères dont il a tant besoin». Son gouvernement compte avant tout sur les exportations et le tourisme pour renflouer ses réserves et relancer une économie en quasi récession. Pourtant, dès le départ, il a reconnu que les objectifs touristiques, déjà légèrement revus à la baisse, ne pourront probablement pas être atteints. Le budget même de la campagne «Amazing Thaïland» a dû être réduit de près de moitié, économies obligent. «Les objectifs sont trop élevés. En ces temps de récession économique régionale, il se peut que nous ne puissions pas recevoir autant de touristes étrangers que prévu», a indiqué un responsable du tourisme sous couvert de l’anonymat. La dépréciation de la monnaie L’offensive touristique coïncide avec la crise économique la plus grave depuis au moins un demi-siècle en Thaïlande, à court de liquidités et qui a dû appeler le FMI à la rescousse (17,2 milliards USD), et avec un cataclysme monétaire sans précédent en Asie du Sud-Est. Certains responsables de l’industrie touristique thaïlandaise — échaudés par les piètres résultats de 1997 — sont sceptiques quant à l’impact de la campagne, en dépit de la dépréciation de près de 50% de la monnaie locale, le baht, depuis sa dévaluation en juillet. L’hôtellerie thaïlandaise est en surcapacité pour la quatrième année consécutive, d’où une guerre des prix féroce, et subit de plein fouet la hausse des prix des produits importés et de la TVA (+10%). Selon les statistiques officielles, le nombre de touristes étrangers a stagné pendant les neuf premiers mois de 1997 (0,95%) par rapport à la même période de 1996. L’Office du Tourisme escomptait une augmentation de 7%. Les visiteurs en provenance d’Europe ont diminué de 0,7%. Plus inquiétant encore pour la Thaïlande, son marché traditionnel asiatique n’a progressé que de 1,34%, avec une baisse des arrivées de Corée du Sud, du Japon et des pays voisins. La tendance pourrait s’accentuer encore cette année en raison de l’affaiblissement durable des monnaies régionales. Les autorités attribuent ces mauvais chiffres non seulement à la crise économique mais aussi aux incendies de forêts indonésiens qui n’ont — paradoxalement — que peu touché le sud de la Thaïlande.
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