Commençant l’année à 6.450 points, l’indice Dow Jones a culminé à près de 8.260 points début août. Mais, dans les quatre derniers mois de l’année, il a perdu plus de 12%, avec une grosse alerte à la fin octobre.
Pour la première fois en dix ans, l’ombre du crash est passée sur la bourse américaine. Limitée à 7,2% sur une séance, le 27 octobre, la chute reste loin des journées noires d’octobre 1987 ou d’octobre 1929. Mais la première bourse du monde n’est pas parvenue depuis à retrouver son dynamisme.
«Au revoir, Boucles d’or», constate la première banque américaine, la Chase Manhattan, dans ses prévisions pour 1998. L’héroïne du conte pour enfants pour qui tout est «juste comme il faut» était devenue le symbole de la santé de l’économie et de la bourse américaine.
Si les prédictions pessimistes d’Alan Greenspan, le président de la Banque fédérale de Réserve américaine (Fed), à la fin 1996 sur «l’exubérance irrationnelle» des marchés n’avaient pas entamé la confiance des investisseurs, la crise en Asie a été un réveil brutal.
L’économie américaine est toujours en pleine forme: forte croissance (3,7%), faible chômage (4,6%), faible inflation (1,8%) et perspectives d’excédent budgétaire. Selon les économistes, la crise en Asie ne devrait entamer la croissance américaine que d’un demi-point de pourcentage, ce qui contribuera à réduire les risques de surchauffe.
L’inquiétude des investisseurs porte davantage sur les conséquences de la récession en Asie sur les bénéfices des sociétés américaines.
Habitués depuis plusieurs années à des progressions à deux chiffres pour les résultats trimestriels des sociétés, les porteurs de titres sont refroidis par les prévisions d’une augmentation moyenne de 8,3% au premier trimestre 1998, selon les estimations de Standard and Poor’s.
Les actions perdent du coup de leur attrait et les épargnants se précipitent vers les obligations d’Etat, dont le rendement (qui évolue à l’inverse du prix), est tombé de 6,43% à 5,89% entre le 20 octobre et la fin décembre.
Les experts de la banque d’investissement Merrill Lynch prévoient une poursuite de la correction au début de l’année prochaine. Selon Richard McCabe, principal analyste pour les marchés, les principaux indices comme le Dow Jones et le Standard and Poor’s 500 pourraient atteindre de nouveaux sommets en début d’année puis baisser jusqu’à 25% par rapport à ces records avant de remonter à la fin 1998.
Ce pessimisme est partagé par Barton Biggs, stratégiste en chef de Morgan Stanley, pour qui le marché boursier en 1998 sera à la baisse.
Les prévisions des analystes interrogés par l’hebdomadaire financier Business Week font état d’un niveau moyen du Dow Jones de 8.464 points à la fin de l’année, ce qui correspond à une augmentation d’environ 10% par rapport au niveau actuel de 7.750 points.
Même Ralph Acampora (Prudential), qui prévoyait un Dow Jones à 10.000 points avant la fin 1997, n’envisage plus qu’un indice évoluant entre 8.300 et 8.600 l’année prochaine.
Tous ne sont pas aussi négatifs: Thomas McManus (NatWest Securities) voit un départ sur les chapeaux de roue du marché en janvier, contraignant la Banque fédérale de Réserve à donner un nouveau tour de vis à ses taux en février.
A l’exception d’une augmentation (la première en deux ans) d’un quart de point fin mars, ceux-ci sont restés en 1997 stables à 5,50%.
Les analystes ne s’étaient pas non plus montrés particulièrement optimistes à la fin 1996, l’estimation moyenne pour le Dow Jones à la fin 1997 étant alors de 6.587 points. Pourtant, la progression du Dow Jones a atteint 20% cette année et celle du Standard and Poor’s 500, un indice plus large, 27%.
L’humeur morose du moment serait vite oubliée si les résultats des sociétés pour le 4e trimestre 1997 publiés en janvier ne se montrent pas trop sensibles à la crise asiatique.
Et comme le propose le président de la bourse de New York, Richard Grasso, «le mieux serait peut-être de supprimer le mois d’octobre». (AFP)

