Dans la plupart des pays arabes, les grands hôtels n’organisent pas leurs traditionnelles soirées dansantes du réveillon. Durant le Ramadan, les musulmans jeûnent du lever au coucher du soleil et respectent en général plus strictement les consignes de leur religion qui interdit l’alcool et les jeux de hasard.
Beaucoup ont choisi de fêter la Saint Sylvestre avec quelques jours d’avance, juste avant le début du Ramadan qui a commencé mardi dans la plupart des pays arabes. En Egypte, les plus riches ont été saisis d’une frénésie de soirées et les traiteurs étaient pris d’assaut.
Des «fêtes de Nouvel An» ont même été organisées la semaine dernière dans les stations balnéaires de la mer Rouge, profitant des prix cassés sur les billets d’avion et les hôtels depuis la fuite des touristes étrangers après le massacre intégriste de Louxor le 17 novembre (62 tués, outre six assaillants, dont 58 touristes étrangers).
En Jordanie, où le ministère de l’Intérieur a rappelé dans un communiqué l’interdiction de servir de l’alcool durant le Ramadan, un grand hôtel a célébré «le Nouvel An» le 27 décembre au cours d’une soirée animée par le célèbre chanteur irakien Kazem al-Saher.
Certains ont choisi de s’accommoder de la situation et organiseront des «soirées ramadanesques» au jus de fruits pour marquer le passage à l’an 1998, comme le Hard Rock café d’Amman.
D’autres enfin feront coexister sans complexes célébrations païennes et Ramadan, notamment au Liban où cette coïncidence évoque pour certains la réconciliation nationale. Une télévision locale, Future TV, diffuse un jungle fédérateur islamo-chrétien.
A Beyrouth, l’hôtel Summerland propose «un réveillon de Saint Sylvestre avec boissons (alcoolisées) et danse du ventre, mais en même temps une tente traditionnelle de Ramadan», selon sa directrice des relations publiques Nada Wardé.
«Nous nous sommes entretués durant la guerre (1975-1990) mais cette terrible expérience nous a appris à être plus tolérants. Pourquoi ne pas célébrer le Nouvel An et profiter de la chaleur des tentes du Ramadan?», demande Georges Touma, un employé de banque de 29 ans.
«Je ne bois pas d’alcool mais j’aime célébrer le réveillon avec mes amis, dont certains sont chrétiens», observe une étudiante de 24 ans, Ghada. «On n’a pas forcément besoin de sabler le champagne pour s’amuser, peut-être devrons-nous cette année nous contenter d’ouvrir à minuit une bouteille de Qamareddin» sirop à base d’abricots.
Dans le Golfe, il ne sera possible de chanter, danser ou boire de l’alcool que dans les maisons et en observant de strictes consignes pour ne pas offenser la population. Mais à Dubaï, relativement libéral, on pourra sabler le champagne dans les restaurants et les hôtels après la rupture du jeûne, même si la danse est interdite durant le Ramadan.
En revanche, en Arabie Séoudite, qui a toujours interdit les fêtes de fin d’année, la police religieuse — les redoutés Moutawi’ine — va redoubler de zèle cette année pour faire respecter cet interdit à l’occasion du Ramadan. (AFP)

