L’institution de ce fonds, ainsi que la constitution d’un forum de discussion germano-tchèque au 1er janvier 1998, est l’aboutissement de près de trois ans de négociations difficiles entre Prague et Bonn sur la déclaration de réconciliation germano-tchèque.
Signé le 20 janvier dernier dans la capitale tchèque par le premier ministre d’alors Vaclav Klaus et le chancelier Helmut Kohl, ce texte, qui contient des excuses mutuelles pour les crimes nazis et pour l’expulsion des Allemands des Sudètes de Bohême-Moravie, va trouver dans ces deux institutions son application concrète.
Les victimes du nazisme, juifs et résistants déportés, s’inquiétaient ces dernières semaines de l’incertitude planant sur le démarrage du fonds prévu en 1998. Une grande partie des moyens devraient en effet être affectés à un «projet social» en faveur de ces victimes.
Comme le déplorait récemment le secrétaire général de la Fédération juive de Prague, Michal Kraus, chaque année quelque 10% des survivants d’exactions nazies meurent avant d’avoir été indemnisés, à la différence des victimes du nazisme en Europe occidentale.
Le ministre tchèque des Affaires étrangères Jaroslav Sedivy, qui a signé solennellement le document avec l’ambassadeur d’Allemagne à Prague Anton Rossbach, a ainsi «regretté que (son) père n’ait pu vivre cet instant historique comme de nombreux autres anciens prisonniers des camps nazis».
M. Sedivy a estimé que 8.500 survivants tchèques des exactions nazies pourraient bénéficier de ce fonds.
Enregistré juridiquement à Prague, ce fonds doit être alimenté par la partie allemande à hauteur de 140 millions de DM (80 millions de dollars) au cours des quatre prochaines années, tandis que Prague y contribuera pour quelque 25 millions de DM.
La répartition des compensations sera du ressort du conseil d’administration dont les membres devraient être désignés en janvier.
La composition de ce conseil avait failli retarder la création du fonds: les représentants de quelque trois millions d’Allemands expulsés des Sudètes en 1945-46 exigeaient d’y être représentés, ce que refusait Prague.
Les représentants des Sudètes, soutenus par la branche bavaroise des Unions chrétiennes-démocrates de M. Kohl, se sont toujours efforcés de faire dépendre le dédommagement des victimes tchèques d’une reconnaissance des souffrances et confiscations qui leur furent imposées par Prague en 1945 avec l’aval des Accords interalliés de Postdam.
Ces accords portaient notamment sur le partage de l’Allemagne entre les vainqueurs, les déplacements de populations et le tracé de nouvelles frontières en Europe.
La déclaration, signée avec cinq ans de retard, complète le traité d’amitié germano-tchèque conclu en 1992 qui avait ignoré la question des dédommagements des victimes tchèques du nazisme, ainsi que les conséquences de l’expulsion en 1945 des Sudètes.
Un traité d’amitié signé en 1973 entre Bonn et Prague, durant la normalisation communiste, avait eu surtout pour effet d’ouvrir le marché tchécoslovaque à la RFA qui était devenue le premier partenaire commercial occidental du pays. (AFP)

