«Acteurs et actrices prêts à jouer dans l’espace, contactez-moi sur Internet...»: un cinéaste russe cherche deux stars «en parfaite santé» qu’il veut envoyer sur la station orbitale Mir pour le premier film de science-fiction tourné en apesanteur.
«Nous avons déjà une vingtaine de candidats – tous des Russes – qui sont en train de passer les examens médicaux à l’Institut de recherche biologique», raconte le cinéaste Iouri Kara, 43 ans, auteur de films policiers, qui rêve déjà d’envoyer dans l’espace Mel Gibson ou Isabelle Adjani.
Malgré le feu vert déjà donné par l’Agence spatiale russe, le projet, dont le budget est estimé à 80 millions de dollars (le même que pour «Apollo 13», tourné sur terre), suscite le scepticisme profond, notamment des «vrais» cosmonautes.
A l’automne 1998, un vaisseau Soyouz devrait emmener deux acteurs – un homme et une femme – sur la station Mir, où ils passeront une quinzaine de jours. Pour des raisons financières, ce seront les cosmonautes de Mir qui feront les prises de vue et de son, et s’occuperont de l’éclairage, explique M. Kara.
Pour le sujet, M. Kara s’est inspiré du roman du Kirghize Tchinguiz Aïtmatov, «La marque de Cassandre», paru en 1994: un scientifique qui s’est enfui dans l’espace pour prévenir l’humanité insouciante d’une catastrophe imminente, doit être éliminé par les services secrets russes et américains qui envoient à sa poursuite une présentatrice-vedette de télévision, qui évidemment s’éprend du protagoniste.
Parallèlement aux tests bio-médicaux pratiqués que les candidats russes (pour un coût de 7.000 dollars par personne), dont une vedette de variété soviétique quinquagénaire et le médium Anatoli Kachpirovski, très à la mode en URSS à la fin des années 1980, M. Kara est allé à la recherche des noms les plus coûteux de l’aréopage hollywoodien.
Emma Thompson
«J’ai proposé à Emma Thompson le rôle de la journaliste. Je lui ai expliqué que le scénario était sérieux, sans aucune scène érotique, mais cela l’a profondément déçue», raconte le cinéaste. «A peine avions-nous introduit quelques scènes dans ce sens, que son impresario nous transmettait son refus: elle n’était pas sûre qu’un séjour dans l’espace ne serait pas néfaste pour une femme qui pourrait un jour désirer un enfant», a expliqué M. Kara.
Mais le cinéaste ne désespère pas. ¡Je ne serais pas contre Isabelle Adjani», dit-il, rêveur.
Quant au rôle du scientifique, «Gérard Depardieu est trop grand pour le siège installé dans la fusée. Mais je sais que John Travolta et Tom Hanks ont toujours rêvé de devenir cosmonautes», suggère-t-il. Mel Gibson ou Kevin Cage ne seraient pas pour lui déplaire.
«L’assurance que nous devrons payer à une star étrangère nous coûtera à elle seule plus que le film entier», s’inquiète pourtant le cinéaste, ajoutant que les récentes pannes sur la station orbitale rendent les engagements des étrangers encore plus difficiles.
«Nous espérons trouver un vrai fou de l’espace parmi les stars, qui fera fi des risques et de l’argent», dit-il.
M. Kara a toutefois repoussé la proposition de ses amis cosmonautes russes, dont certains sont très télégéniques, de trouver la vedette parmi eux.
«Je comprends que nos acteurs veuillent satisfaire leurs ambitions, mais les cosmonautes vont se transformer en cinéaste, et les acteurs en cosmonautes», estime Alexandre Polechtchouk, un astronaute qui a passé sur Mir six mois en 1993, et qui dit partager le scepticisme de nombreux confrères.
«Malgré tous ces tests médicaux je n’exclus pas la possibilité que ces acteurs vomissent sur Mir pendant quinze jours, et puissent difficilement dans ces conditions jouer l’amour fatal», ajoute-t-il non sans jubilation.
Quant au cinéaste, il est plus optimiste; «Au XXIe siècle, on tournera des films en extérieur sur la Lune et sur Mars», dit-il avec conviction. (AFP)

