Les carcasses fétides parsèment la plage de l’île de San Miguel, au nord de Los Angeles. Les oiseaux s’attaquent à leurs cadavres, tandis que des dizaines de bébés phoques et otaries, à divers stades de famine, réclamant leur mère.
Selon les scientifiques, ils sont victimes du phénomène climatique El Nino qui a tellement réchauffé l’océan Pacifique que leur nourriture habituelle —anchois, calmar, hareng et sardine — a fui plus au nord, vers des eaux plus froides et plus profondes.
Habituellement, l’île de San Miguel possède la plus importante population d’otaries et de phoques au sud de l’Alaska. «Ils sont censés être d’excellents prédateurs» et ces eaux sont normalement riches en poissons, explique Tim Setnicka, un responsable du parc naturel dont fait partie l’île, en montrant des animaux anormalement amaigris.
Longue de près de 13 km, San Miguel attire plus de 125000 phoques, otaries ou éléphants de mer qui viennent se reproduire, se nourrir et donner naissance.
Cette année, quasiment toute une espèce de bébés phoques et plus de la moitié des otaries californiennes vont mourir de faim. El Nino est officiellement accusé d’être responsable de la pénurie, bien que Tim Setnicka déclare que des pêches excessives peuvent être aussi en partie responsables de la situation.
Les phoques du nord et les otaries californiennes ont pour habitude d’entreposer de la nourriture pour nourrir leurs bébés, mais cette année, les femelles sont contraintes de parcourir plusieurs kilomètres en mer, brûlant du même coup des calories dont elles ont besoin pour allaiter.
Elles-mêmes confrontées à la famine, quelques femelles, qui n’ont qu’un bébé par an, ont abandonné leur petit. D’autres ont perdu la moitié de leur poids et meurent lentement, tentant à la fois de s’alimenter et de nourrir leur progéniture.
Aucune intervention humaine n’est autorisée dans le sanctuaire marin protégeant ces îles à environ 80 km au large de la côte de Californie. Mais des efforts de sauvetage sont en cours pour les animaux qui commencent maintenant à atteindre la côte.
Les scientifiques espèrent que ce à quoi ils assistent est réellement dû à El Nino, et non pas à un phénomène plus global comme celui du réchauffement de la planète.
Robert de Long, un expert en biologie marine auprès du Service des pêcheries maritimes nationales à Seattle (État de Washington), rappelle qu’au cours des dernières décennies, le phénomène El Nino est survenu avec une fréquence accrue mais pour des durées plus brèves.
«Ceci peut être un avertissement pour nous, si nous avons un important réchauffement mondial année après année», déclare-t-il. Les vertébrés pourraient simplement ne pas être en mesure de s’adapter».
Mia Tegner, chercheur à l’Institut océanographique Scripps, à La Jolla, en Californie, souligne que les eaux du Pacifique, au large de la Californie, se sont réchauffées d’environ un degré au cours des vingt dernières années.
Est-ce l’effet d’El Nino ou s’agit-il du réchauffement de la planète? «Nous serons morts et enterrés avant de connaître la réponse, déclare Mia Tegner. Mais c’est une perspective qui devrait tous nous effrayer». (AFP)


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