Chypre, l’un des six pays dont les négociations d’adhésion à l’Union européenne (UE) débuteront en 1998, devra mener les pourparlers à l’ombre des menaces de la Turquie d’intégrer le nord de l’île qu’elle occupe depuis 1974, selon des diplomates à Nicosie.
La Turquie, qui frappe à la porte de l’Europe depuis plusieurs années sans y être invitée, refuse que soient engagées ces négociations, décidées depuis mars 1995 et que le sommet européen de Luxembourg des 12 et 13 décembre doit entériner.
Si le processus d’adhésion de Chypre est enclenché, Ankara menace d’annexer définitivement le tiers de l’île où fut proclamée en 1983 la «République Turque de Chypre du Nord» (RTCN) que la Turquie est seule à reconnaître.
Pour les Chypriotes-grecs, qui ont obtenu un avis favorable en 1993 de la Commission à leur demande d’adhésion présentée en 1990, «le processus d’adhésion doit servir les efforts d’un règlement équitable du problème de Chypre».
«L’adhésion à l’UE répondra aux inquiétudes et aux soucis des Chypriotes-grecs et turcs aussi bien sur les questions de sécurité qu’en matière économique», a indiqué le chef de la diplomatie Yannakis Cassoulidès.
Mais le dirigeant chypriote-turc Rauf Denktash refuse de participer aux négociations tant que l’UE n’aura pas reconnu une «égale souveraineté à la RTCN» et au gouvernement chypriote-grec.
Le Commissaire européen aux Affaires étrangères, Hans van den Broek, pour qui une telle reconnaissance de la RTCN est «impossible», estime que la période actuelle, avant les présidentielles chypriotes-grecques de février, n’est «pas propice pour avancer des formules précises» à ce sujet.
Depuis des mois, les émissaires européens s’emploient à convaincre les Chypriotes-turcs des avantages de l’adhésion de l’île à l’UE, notamment sur le plan économique.
«Il faudra attendre les réactions d’Ankara à la place que lui réservera l’Agenda 2000 qui sera adopté à Luxembourg, pour voir si la Turquie mettra ses menaces à exécution dans le nord de Chypre, qui dépend d’elle économiquement et où elle maintient 35.000 soldats», estime un ambassadeur européen à Nicosie.
Selon lui, l’UE s’efforcera à Luxembourg de permettre à Ankara et cinq autres pays qu’elle n’estime pas prêts pour l’adhésion, «de ne pas se considérer comme des laissés-pour-compte».
«La Turquie devrait en échange faciliter la solution du problème chypriote», poursuit le diplomate.
M. van den Broek a indiqué récemment à Nicosie espérer que «le sommet adopte pour la Turquie un ensemble de dispositions satisfaisantes et acceptables».
Ankara devrait «obtenir davantage de perpectives et de clarté sur ses futures relations avec l’UE, en raison de ses aspirations à être membre de l’Union», a-t-il ajouté.
Sans en faire un préalable au début des négociations d’adhésion de Chypre, les principaux pays de l’UE estiment nécessaire qu’une solution du problème de Chypre «soit trouvée avant l’adhésion, qui doit profiter à toutes les composantes de l’île».
«Les membres de l’UE sont conscients qu’on ne peut punir la République de Chypre du fait de l’occupation de sa partie nord par Ankara, mais ils ne voudraient pas s’encombrer d’un problème épineux que l’ONU n’a pas réussi à résoudre en vingt-trois ans», conclut l’ambassadeur européen.
L’ONU a l’intention de reprendre en mars prochain ses efforts, appuyés par l’UE et Washington, en vue de réunifier l’île au sein d’un Etat fédéral bi-zonal et bi-communautaire. (AFP)

