«Je ne veux pas que mes enfants héritent d’un Internet stérile, représentation des seules opinions les plus répandues», a dit Barry Steinhardt, de l’ACLU, la principale association américaine de défense des droits civiques, lors d’un débat sur le sujet mardi à Washington.
Ces logiciels sont un moindre mal, a rétorqué Jerry Berman, du Centre pour la démocratie et la technologie. «Personne ne peut rester à côté de ses enfants 24 heures sur 24» afin de s’assurer qu’ils n’accèdent pas en ligne à des images ou des messages indésirables.
Complexité
des enjeux
La vivacité de ces échanges, lors d’un sommet à Washington sur Internet et les enfants, illustre la complexité des enjeux auxquels s’affrontent services et médias en ligne depuis que la Cour suprême a rejeté au nom de la liberté d’expression, le 26 juin, un projet de loi visant à criminaliser «l’indécence» sur Internet.
Les logiciels de filtrage proposent de protéger les enfants en leur interdisant par exemple l’accès aux sites pornographiques. Pour ce faire, ils classent souvent le contenu du Web en catégories définies par les sociétés qui les éditent.
A l’instar du plus utilisé d’entre eux, CyberPatrol, ils tentent ainsi de refléter les principales inquiétudes des parents, à qui il appartient de sélectionner le type d’informations inacceptables pour leurs enfants.
Des effets pervers
CyberPatrol divise ainsi les sites que les parents peuvent bloquer en 12 catégories: violence ou langage outrancier, nudité partielle, nudité totale, actes sexuels, images grossières, intolérance, cultes sataniques, drogues, extrémisme, éducation sexuelle, jeux de hasard ou autres activités douteuses, et alcool ou tabac.
Ces logiciels offrent l’avantage d’être simples à utiliser. Mais ils ne peuvent suivre l’explosion des sites, dont 4.000 sont créés toutes les 20 minutes.
Ils peuvent aussi avoir des effets pervers. La majorité de ces outils de filtrage «placent les sites Web d’information destinés aux lesbiennes, homosexuels, bisexuels et transsexuels sur le même plan que des sites explicitement sexuels», souligne ainsi Liz Tracey, de l’Alliance des homosexuels et lesbiennes contre la diffamation (Glaad).
Le filtrage n’affecte pas que les micro-ordinateurs des familles. Il peut être réalisé également au niveau des guides de recherche, les sites comme Yahoo.com depuis lesquels on fouille dans le contenu du Web grâce à des mots-clefs.
D’autres programmes sur les serveurs, les ordinateurs qui gèrent les réseaux des entreprises, permettent aux firmes d’interdire à leurs employés l’accès aux sites qu’elles jugent indésirables.
Enfin, certains fournisseurs d’accès à Internet, comme America Online (AOL), offrent à leurs abonnés des espaces protégés.
Les sociétés qui conçoivent ces outils de filtrage soulignent qu’elles répondent à une demande. «Il y a dans ce pays beaucoup de gens qui pensent que leurs enfants n’ont pas à accéder à des informations sur la contraception», selon Bob Hult, responsable du service de filtrage du guide de recherche Alta Vista.
Ce système ne peut pas s’appliquer aux ordinateurs d’accès à Internet installés dans les bibliothèques publiques, ou les écoles, qui doivent respecter une totale neutralité, a dit Judith Krug, de l’Association nationale des bibliothécaires.
De nombreux intervenants privilégient une approche standardisée du problème, grâce à un standard nommé Pics qui permet aux sites de s’autoclassifier et autorise une sélection beaucoup plus fine du contenu d’Internet.
La plupart des grands médias en ligne ont dit qu’ils n’accepteraient pas de classifier leurs informations, a averti Dan Okrent, du géant des médias Time Warner. (AFP)

