Le Conseil d’Etat égyptien a entamé dimanche au Caire l’examen sur le fond de l’appel du ministre de la Santé réclamant l’interdiction totale de l’excision.
Sous la pression des islamistes, un tribunal administratif du Caire avait autorisé l’excision le 24 juin, considérant comme un «abus de pouvoir» un décret de juillet 1996 du ministre de la Santé Ismaïl Sallam, qui interdisait aux médecins de pratiquer l’ablation du clitoris et des petites lèvres.
Malgré la décision judiciaire, M. Sallam avait maintenu son décret et fait appel du jugement auprès du Conseil d’Etat, ou Haute cour administrative, la plus haute instance administrative d’Egypte.
Le 17 novembre, l’appel du ministre de la Santé a été jugé recevable et le Conseil d’Etat a décidé d’examiner la question sur le fond. La prochaine audience a été fixée au 14 décembre.
Début novembre, le vice-président du Conseil d’Etat, M. Essam Abdel Aziz, avait élaboré un rapport recommandant «l’annulation de la décision du tribunal administratif de première instance», selon une source judiciaire.
«L’excision ne constitue ni un remède à une maladie, ni un moyen d’alléger ou de débarrasser les femmes d’une souffrance, et par conséquent l’interdiction de cette opération ne peut être considérée comme une restriction à la liberté des médecins d’exercer leur profession», ajoute le rapport.
La décision du ministre, poursuit le rapport, «vise à protéger la santé des femmes et ne constitue en aucun cas une remise en cause de la Charia», la loi islamique.
Les deux principaux instigateurs du procès contre le ministre de la Santé sont cheikh Youssef Badri, un enseignant à la retraite qui utilise systématiquement les prétoires pour imposer sa vision islamiste de la société, et un gynécologue, le Dr Mounir Fawzi.
Le Dr Fawzi, qui reconnaît avoir pratiqué l’excision dans des cliniques privées, a appelé dimanche devant le tribunal le ministre de la Santé à autoriser l’excision dans les hôpitaux «sinon, ce seront les barbiers et les ignorants qui vont effectuer ces opérations et cela risque de mettre en danger la vie de nos filles».
Selon une étude gouvernementale récente, 97% des Egyptiennes — musulmanes comme chrétiennes — sont excisées et 4,3% des opérations se font dans un hôpital gouvernemental, contre 70,5% à la maison ou chez des voisins et 23,5% dans des cliniques privées.
Cheikh Mohamed Sayyed Tantaoui, l’imam d’al-Azhar, la plus haute autorité sunnite en Egypte, a affirmé le 10 novembre que sa fille n’avait pas été excisée, ajoutant que «les ulémas de l’islam sont unanimes à estimer que l’excision est une coutume qui n’a rien à voir avec la religion».
«Il y a des doutes sur l’authenticité des dires attribués au prophète Mohamed (les hadith, deuxième source de la loi islamique après le Coran) concernant cette pratique», avait déclaré cheikh Tantaoui.
Outre le ministre la Santé, le président du syndicat des médecins, Hamdi al-Sayyed, a fait appel contre l’autorisation de l’excision par le tribunal administratif de première instance. Il a choisi comme avocat un penseur islamiste de renom, Me Selim al-Aoua. (AFP)

