Un même agresseur est, selon des tests ADN, à l’origine de trois viols suivis de meurtres et d’une tentative, commis dans le quartier de Bastille-République de 1994 à novembre 1997. La police travaille sur l’hypothèse de sept meurtres, perpétrés dès 1991.
«Je suis plus suspicieuse, je m’assure que je ne suis pas suivie, mais je ne vais pas bouleverser ma vie pour autant. Tant que le métro fonctionne, je continue de rentrer à pied», déclare une jeune femme blonde qui, dans la nuit, regagne à grands pas son appartement de la rue de la Forge royale. Dans son immeuble a eu lieu le dernier assassinat, celui d’une secrétaire de 25 ans, Estelle Magd, le 16 novembre.
«Beaucoup de mes amies n’osent plus sortir seules et tout l’immeuble est angoissé», explique cette étudiante de 22 ans qui ne veut pas donner son prénom.
La rue est étroite mais passante, et le bâtiment encadré par un restaurant et une boîte de nuit. Haut-lieu des fêtes parisiennes, ce quartier, le faubourg Saint-Antoine, est aussi troué d’innombrables cours et passages plongés dans la pénombre, et si ses axes principaux restent animés très tard, ils sont longés de ruelles moins fréquentées.
Le soir du meurtre d’Estelle, qu’elle connaissait «de vue», la jeune femme est présente mais n’entend rien. Et s’en étonne: l’immeuble de quatre étages, typique de l’architecture parisienne avec sa cour intérieure, est pourtant «tellement mal isolé».
La voisine de palier de la victime, Carole, 22 ans, elle-même n’a rien entendu. Habituellement, le moindre coup de téléphone à côté était audible, selon ses parents. Venus de Valence pour le week-end, ils n’encouragent pas leur fille à déménager. «Ils vont l’attraper», assure le père, qui posera quand même un verrou supplémentaire sur la porte et son épouse des rideaux aux fenêtres.
Une autre étudiante dont les fenêtres, sur cour, donnaient sur l’appartement d’Estelle, compte, elle, quitter le quartier. «c’est traumatisant. Par ma fenêtre, je la voyais tous les jours. Avant j’adorais la Bastille, aujourd’hui je la déteste», raconte la jeune femme.
A l’Auberge de jeunesse du quartier, consigne a été donnée de renouveler les conseils de prudence déjà prodigués d’ordinaire. «En évitant de donner les raisons: il ne s’agit pas de faire fuir les clients. Des meurtres, il peut s’en produire partout», souligne Omar, le portier de nuit.
La quinquagénaire patronne d’un petit restaurant de la rue de la Main-d’Or dit être «la première» à redoubler de vigilance. La psychose n’a cependant pas atteint la clientèle artiste et populaire de son établissement, qui ne désemplit pas.
Quelques jeunes femmes continuent cependant de se promener seules dans la pénombre, comme Françoise, une attachée commerciale de 24 ans. «Je l’attends le meurtrier, j’ai vécu dans des quartiers difficiles, je sais me battre», lance-t-elle.
«Cette histoire a filé la trouille à tout le monde, mais d’abord aux mamans qui ont des filles de 15-30 ans», affirme pour sa part le patron d’une maison de presse de la rue de la Roquette, Jean-Michel Cotil.
Les ventes avaient déjà nettement progressé «dès que la presse a révélé le lien entre les meurtres», relève une consœur installée plus loin, Patricia Barrié, qui n’hésite pas à parler de «psychose». Mais mercredi, jour de la publication du portrait-robot du tueur présumé, les marchands de journaux ont été «dévalisés»: «Le Parisien m’avait livré quelque 20% d’exemplaires en plus et pour une fois il m’en a manqué», assure M. Cotil.
Un portrait-robot qui suscite la perplexité par son côté «passe-partout». «Des suspects, j’en vois dix tous les jours dans mon magasin», souligne-t-il. (AFP)


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