Après l’ex-ministre français de la Justice Robert Badinter, qui lui a consacré une pièce, c’est au tour du cinéaste britannique Brian Gilbert de jeter son dévolu sur Oscar Wilde.
«Wilde» rompt avec l’image du dandy poseur, à la langue alerte et acerbe, pour restituer sciemment un personnage aimable, fragile et attachant, «mais sans être pédant», a déclaré le réalisateur de «Jamais sans ma fille».
«Il y a eu un changement culturel en Grande-Bretagne, dont la biographie consacrée à Wilde par Richard Ellmann est exemplaire. C’est cette biographie qui m’a poussé à faire ce film», a-t-il ajouté.
Grâce à elle, «on a pu affirmer sans hésitation que Wilde fut l’un des plus grands auteurs de la fin du XIXe siècle, à l’égal de Nietzsche ou de Dostoïevski, et aussi rompre avec une façon triviale d’interpréter son existence sur le seul mode du scandale», dit Gilbert.
Deux heures durant, Gilbert brosse le portrait de l’auteur irlandais du «Portrait de Dorian Gray» dans un style coulé, sans aspérités, du moment où celui-ci commence à vivre une homosexualité jusque-là latente, jusqu’à sa sortie de prison, une incarcération infligée sous le motif de sodomie.
Le cinéaste avoue n’avoir guère apprécié Wilde à sa première lecture mais il estime qu’il était alors trop jeune pour en apprécier le sel. Stephen Fry («Peter’s Friends») reprend le rôle jadis joué par Peter Finch ou Robert Morley.
«Wilde représentait quelque chose de très important pour moi et j’en savais à son sujet plus que la plupart des gens. Contrairement à ce qu’on croit, c’était quelqu’un de gentil, d’affable», a expliqué Fry.
«Toutefois, je n’avais pas jusqu’alors pris autant conscience de l’amour qu’il portait à sa femme et ses enfants, comme cela transparaît dans «De profundis». Il est hors de doute cependant que du moment où il a assumé sa vie secrète (d’homosexuel), son œuvre s’est totalement épanouie et ce dans un temps très court».
Face à un sujet historique, le cinéaste se heurte à des difficultés qu’éprouvent eux-mêmes les historiens, «car il faut donner une description précise de ce qui n’est jamais arrivé» puisqu’on ne peut que l’imaginer, a plaisanté Gilbert.
«Tout le problème est de recréer la vivacité de perception qu’avaient les contemporains de Wilde de la réalité, de restituer la perception immédiate et spontanée des choses», a-t-il expliqué, plus généralement.
Pour cela, le cinéaste pratique une sorte «d’introspection imaginative». «On peut, bien sûr, recourir aux mémoires écrits existants pour rétablir les manières, la façon de parler, voire la vie sexuelles des gens de l’époque mais c’est limité car personne n’a jamais parlé des confidences sur l’oreiller», affirme-t-il.
Cette vision intérieure, il fallait la restituer de façon palpable. «J’ai eu des discussions techniques sans nombre pour pouvoir développer un style spontané et expressif qui suive le développement des émotions», poursuit Gilbert.
«J’ai choisi de rester en retrait au niveau du style mais il n’en demeure pas moins coulé pour pénétrer loin à l’intérieur des personnages. C’est tout particulièrement important dans un contexte culturel anglais où il a une césure complète entre l’apparence et l’intériorité», selon lui.
Gilbert a alors dressé un parallèle avec les cinéastes français d’avant-guerre «qui avaient toutes les qualités que l’on prête aux créateurs anglais», qualités résumantes dans la formule «sans avoir l’air d’y toucher».
Les Français jouaient de subtilité, donnaient l’impression d’être légers, de procéder par touches, «comme les impressionnistes, alors que les Anglais faisaient preuve d’une lourde solennité».
En racontant l’histoire de Wilde, Gilbert voulait en définitive «rendre le sujet aussi accessible que possible mais sans trop le vulgariser».
«Je suis conscient qu’un film n’est pas le meilleur moyen de restituer la puissance intellectuelle de Wilde mais nous voulions donner tout de même une idée de ses qualités d’esprit et de cœur».
La France ne rend pas justice à Gilbert de ses flatteuses comparaisons puisque c’est pour le moment le seul pays important du point de vue du cinéma où «Wilde» n’a pas trouvé de distributeur.
Une mention spéciale a été attribuée à Stephen Fry pour son interprétation dans «Wilde». (Reuters)

