Représentant de la génération montante, M. Hollande (43 ans) doit être confirmé dans ce poste de premier secrétaire du principal parti de gouvernement par un vote direct de ses militants, jeudi.
Il a remercié M. Jospin (60 ans) de lui avoir laissé, après ses deux années passées à la tête du PS, «un parti victorieux, rassemblé et fier».
François Hollande aura pour seul adversaire jeudi un animateur de la tendance contestataire de la Gauche socialiste, Julien Dray, crédité d’à peine plus de 10% des intentions de vote. Les tenants de ce courant ont notamment exprimé leur inquiétude de voir l’Europe «se diluer dans le libéralisme», reprochant aux dirigeants du PS d’avoir éludé ce débat.
A la fin de ce congrès, Lionel Jospin et François Hollande ont été longuement ovationnés ensemble par les participants, tandis qu’à l’hymne national succédait l’hymne européen.
M. Jospin, au plus haut dans les songes de popularité, a profité de son discours de clôture pour répondre sans ménagements aux critiques du chef de l’Etat, le gaulliste Jacques Chirac.
Ce dernier avait mis en garde, dans un texte publié jeudi au sommet européen de Luxembourg, «contre le mirage d’expérimentations hasardeuses (pouvant) affecter gravement l’efficacité de la lutte contre le chômage», une allusion à peine voilée à la réduction de la durée légale du travail et à la création de centaines de millions d’emplois subventionnés pour les jeunes, décidées par le gouvernement Jospin.
«Vie commune»
Le premier ministre lui a rétorqué que ces «emplois jeunes» et la semaine de 35 heures n’étaient «pas des expérimentations hasardeuses, mais des prises de risques fructueuses». Plaidant pour «réhabiliter la volonté politique» sans nier les «réalités économiques», il a vigoureusement défendu ces mesures visant à «faire bouger les choses dans la société française» en faveur de sa priorité absolue: la lutte contre un taux de chômage record de 12,5%.
Sur le mode ironique, Lionel Jospin a également rappelé à Jacques Chirac que «les expérimentations hasardeuses n’existent pas qu’en économie». Déclenchant l’hilarité des congressistes, il a évoqué son «expérimentation hasardeuse en matière électorale», la dissolution surprise de l’Assemblée nationale qui s’est soldée par le retour de la gauche au pouvoir, le printemps dernier.
Concernant l’UE, il a estimé que les «engagements» pris à Luxembourg marquaient le «début d’une démarche qui va permettre de rééquilibrer les objectifs de l’Europe». Le «gouvernement économique» qu’il appelle de ses vœux doit être une «instance dans laquelle les gouvernements discutent», sans avoir le pouvoir de «dicter à la France sa politique économique», a-t-il précisé.
Le premier ministre socialiste a enfin rappelé que le traité d’Amsterdam «ne pouvait satisfaire» son gouvernement. «Nous le ferons évoluer», a-t-il assuré, ajoutant que la «réforme des institutions serait un préalable à l’élargissement».
Ce congrès du PS a été marqué par la venue du leader du PCF Robert Hue, une première depuis la scission entre socialistes et communistes français remontant à 1920, dans la foulée de la révolution bolchévique à Moscou.
Se demandant à l’issue des travaux s’il fallait aller plus loin dans la «vie commune» entre PS et PCF, M. Hollande a estimé qu’il ne fallait pas «brusquer les choses», mais «laisser la porte ouverte pour ceux qui voudraient venir nous rejoindre».
M. Hue, dont le parti compte trois membres au sein du gouvernement Jospin, a pour sa part jugé «absurde» de vouloir faire un «congrès (de 1920) à l’envers» en réunissant le PCF avec le PS. Il a souligné avec insistance que «c’est précisément la diversité, le pluralisme, qui font la force de la gauche». (AFP)

