Le président pakistanais Farooq Leghari a refusé de signer un projet de loi qui permettrait au premier ministre Nawaz Sharif de faire appel d’une condamnation de la Cour suprême qui met en danger la survie de son gouvernement, a-t-on appris jeudi de bonne source.
La presse pakistanaise spéculait jeudi sur les faibles chances de survie du gouvernement de M. Sharif formé il y a neuf mois seulement après la victoire de la Ligue musulmane pakistanaise aux élections générales de février.
La Cour suprême a en effet décidé à Islamabad de poursuivre le premier ministre Nawaz Sharif et des membres de son entourage pour outrages, en raison de commentaires jugés désobligeants sur des décisions récentes de l’instance judiciaire suprême pakistainaise.
Pour contrer cette offensive de la Cour suprême, le Parlement — où M. Sharif dispose d’une majorité écrasante — a adopté une nouvelle loi prévoyant une procédure d’appel devant d’autres magistrats de la Cour suprême pour les condamnations en matière d’outrages.
Epreuve de force
M. Sharif a accusé devant des journalistes le président Leghari d’alimenter la crise en refusant de signer cette proposition de loi. La signature présidentielle est nécessaire pour que le projet ait force de loi.
En raison de ce refus, selon le quotidien «Dawn», la majorité parlementaire de M. Sharif menace de recourir à la procédure constitutionnelle de destitution du président au cas où le premier ministre serait condamné sans pouvoir faire appel de cette décision.
Cette majorité, poursuit le quotidien, estime que le président, en agissant ainsi, outrepasse ses attributions et sort de sa neutralité définie par la Constitution.
Les propos reprochés à M. Sharif qui visaient la Cour suprême et son président, M. Sajjad Ali Shah, concernent la décision de suspendre un amendement constitutionnel qui permettait aux chefs des partis politiques représentés au Parlement de démettre ceux des leurs qui ne respecteraient pas la discipline de vote. Ce faisant, cela bloquait toute velléité de défection face à l’offensive du pouvoir judiciaire.
Selon l’accusation, M. Sharif aurait qualifié notamment la suspension de l’article visé d’illégale et anticonstitutionnelle.
La dispute entre M. Sharif et Sajjad Ali avait débuté quand la majorité parlementaire de M. Sharif avait décidé de réduire le nombre de juges suprêmes, en septembre dernier.
Cette décision avait été contestée par la Cour suprême et M. Sharif avait été obligé de faire machine arrière à la fin du mois d’octobre.
C’est à l’issue de cette reculade que la Cour a décidé les poursuites contre le premier ministre.
La dispute entre les deux hommes a pris une telle tournure que M. Sajjad Ali a demandé au président Leghari de mieux assurer sa sécurité. (AFP)

