L’union d’Elizabeth et du lieutenant Philip Mountbatten, le 20 novembre 1947, fut le premier mariage d’un héritier de la couronne d’Angleterre jamais filmé et les Britanniques purent suivre en direct une cérémonie au luxe soigneusement mesuré.
Rationnement oblige, aucune estrade de bois ne fut construite sur le parcours du palais de Buckingham à l’abbaye de Westminster qu’Elizabeth fit avec son père en carrosse, le voile levé pour que, selon la tradition, le public puisse voir son visage.
Les Britanniques ne s’étaient pas seulement massés par centaines de milliers le long de l’avenue du Mall, où beaucoup avaient passé la nuit.
Ils s’étaient aussi regroupés, entre amis et voisins, autour de leurs postes de radio, non plus pour écouter avec angoisse des nouvelles de la guerre, mais pour suivre par le menu la progression du cortège, la messe de Westminster en présence de 2.500 invités dont six rois et sept reines, et jusqu’au «oui» des époux.
Ainsi, les auditeurs et les quelques privilégiés qui disposaient d’une télévision ont-ils pu voir, ou entendre la description de la robe ivoire brodée de perles de la mariée, fabriquée grâce à une allocation spéciale de coupons de rationnement, et dont la traîne de soie de 4,5 mètres avait été garantie pur produit britannique ou allié.
Même les vers à soie, avait assuré Buckingham, venaient de Chine nationaliste et non du Japon, l’ennemi de guerre.
Une tiare de perles et diamants tenait en place le voile de tulle d’Elizabeth et son bouquet était fait d’orchidées et de myrte d’un massif dont les semences provenaient du bouquet de mariée de la reine Victoria.
Le banquet qui suivit proposait aux 150 invités un menu relativement frugal, avec trois plats, selon le vœu de George VI.
La pièce montée de 2,70 mètres était composée d’ingrédients envoyés en cadeau de mariage par des Girl Scouts australiennes. La majeure partie fut distribuée aux hôpitaux.
Parmi les cadeaux exposés à Saint James figuraient de très nombreuses boîtes d’aliments en conserve qui furent données à des organisations caritatives.
Le mariage fut financé majoritairement sur la cassette du roi.
Malgré sa touche voulue de relative austérité, les gazettes le saluèrent comme l’annonce du retour de temps meilleurs, pour un pays qui connaissait dans l’après-guerre des heures de privations pires encore que pendant le conflit. (AFP)

