Les signes d’une mauvaise santé du dirigeant historique de la lutte palestinienne, âgé de 69 ans, se multiplient depuis quelques semaines et il est encore apparu tremblant et hagard samedi à Berne (Suisse).
Le sujet est frappé de tabou dans l’entourage de M. Arafat, de même que la question encore plus sensible de sa succession. Ce silence encourage les spéculations et conduit les observateurs à recourir aux méthodes de la «kremlinologie» pour supputer la gravité du mal.
Un éminent neurologue de l’hôpital Ikhilov de Tel-Aviv, M. Herzl Shabtaï, a estimé que les tremblements des mains, menton et de la lèvre inférieure, qui agitent régulièrement M. Arafat, sont des symptômes de la maladie de Parkinson.
«Il s’agit d’une pure spéculation, fondée uniquement sur la façon dont il apparaît à la télévision», a ajouté M. Shabtaï.
Un professeur de neurologie de l’hôpital Hadassah de Jérusalem, M. Avinoam Rekhes, a également estimé que M. Arafat souffrait d’un Parkinson «mais à un stade encore peu avancé».
«Etant donnée l’évolution de la maladie, dans quelques mois, nous saurons avec certitude de quelle maladie il souffre», a-t-il déclaré à la radio. «La maladie de Parkinson entraîne une dégradation des capacités motrices et M. Arafat pourrait avoir de plus en plus de mal à se déplacer, écrire ou parler», a-t-il ajouté.
Manque de sommeil
La maladie de Parkinson, caractérisée par un tremblement et une rigidité musculaire, détruit progressivement les cellules du cerveau.
M. Arafat dément régulièrement les rumeurs sur sa maladie. Mais il a été forcé d’en parler de nouveau lorsqu’un journaliste l’a interrogé lors d’une conférence de presse à Berne, où il semblait très diminué.
Le président palestinien, qui s’exprimait lentement, avec difficulté et de manière pas toujours cohérente, était très pâle et sa lèvre inférieure tremblait constamment.
M. Arafat a attribué ces symptômes au manque de sommeil, à une surcharge de travail et à un accident d’avion dont il a été victime en 1992 en Libye.
«J’ai ce problème depuis mon accident d’avion. Et je suis aussi fatigué car je n’ai pas dormi ces trois derniers jours. J’ai même dû me lever à 5 heures du matin aujourd’hui pour voyager et rencontrer» le secrétaire d’Etat Madeleine Albright, a-t-il dit.
Un haut responsable américain a nié que l’état de santé de M. Arafat l’empêche d’assumer ses responsabilités. «Je le vois souvent et je n’ai pas noté de différence dans ses prestations, dans son comportement et dans sa capacité à tenir le coup pendant de longues rencontres», a-t-il dit sous couvert de l’anonymat.
Un neurologue jordanien qui a traité M. Arafat après son accident d’avion, M. Ashraf Kourdi, qui est aujourd’hui ministre de la Santé à Amman, avait prédit il y a un an que M. Arafat allait développer les symptômes qu’il manifeste aujourd’hui.
Officiellement, les responsables de l’Autorité palestinienne accusent Israël de répandre de fausses rumeurs sur la santé du président afin d’affaiblir sa position.
Dans les coulisses cependant, les grandes manœuvres en vue de sa succession semblent avoir déjà commencé. Le quotidien arabe basé à Londres «Al-Hayat» affirmait la semaine dernière que les chefs des services de sécurité étaient en train de se placer pour le cas où le président serait frappé d’incapacité, voire mourrait.
«Al-Hayat» a accusé notamment les deux chefs du service de sécurité préventive, Jibril Rajoub en Cisjordanie et Mohammed Dahlane dans la bande de Gaza, d’armer leurs partisans et de préparer des alliances politiques en vue de la bataille de succession.
M. Arafat n’a jamais voulu désigner un dauphin et a toujours cherché à affaiblir ses rivaux potentiels, depuis plus de trente ans qu’il préside aux destinées du peuple palestinien.


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