Grand perdant du combat mené par les Etats-Unis contre sa réélection à la tête des Nations Unies fin 1996, Boutros Boutros-Ghali trouve, de fait, une certaine revanche contre le monde anglo-saxon qui ne souhaitait pas voir à la tête de l’organisation internationale celui qu’il considérait comme «l’homme de la France».
L’Amérique de Bill Clinton, soutenue par la Grande-Bretagne de John Major, avait en effet mis un véto formel à sa réélection au secrétariat général de l’ONU, lui reprochant, outre ses amitiés françaises, la débâcle onusienne en Somalie fin 1993, et la relative impuissance des Nations Unies dans l’ex-Yougoslavie et au Rwanda.
Depuis, cet ancien professeur de droit tombé sur le tard dans la diplomatie, toujours tiré à quatre épingles, plein d’onction et parlant un français on ne peut plus châtié, se consacrait à la rédaction de ses mémoires ainsi qu’à sa candidature au poste de secrétaire général de la francophonie.
Parcourant sans relâche l’Afrique francophone, Boutros Boutros-Ghali, tentait de convaincre les chefs d’Etat d’Afrique de l’Ouest du bien fondé de sa candidature face à celle de son principal rival, l’ancien président du Bénin, Emile Derlin-Zinsou.
L’ancien chef des Nations Unies, outre le soutien des principaux piliers de la francophonie institutionnelle — la France et le Canada/Québec — ainsi que de son pays natal, l’Egypte, avait dans son jeu une carte décisive, celle de son profil international.
La francophonie mondiale, regroupement de quarante neuf pays ou provinces sur les cinq continents, souhaitait en effet se doter à Hanoi d’un porte-parole politique d’envergure pouvant parler d’égal à égal avec les responsables des organisations transnationales déjà existantes: ONU, Commonwealth, OUA, Ligue Arabe, ASEAN, UNESCO…
Et en la matière, le curriculum vitae de Boutros-Ghali était sans égal: petit-fils d’un premier ministre égyptien assassiné en 1910 par un nationaliste égyptien pour avoir ouvert son pays à l’Occident, lauréat des Sciences Politiques et docteur en droit à Paris en 1948, professeur à l’université du Caire, journaliste à l’officieux «al-Ahram», auteur de précis de droit international, membre quatorze ans durant du gouvernement égyptien, principal artisan des accords israélo-arabes de Camp David, puis enfin «patron» de la «maison de verre» de Manhattan jusqu’à la fin de l’an passé.
Boutros-Ghali l’atypique, en dépit de ce cursus éblouissant, devra imprimer sa marque à une communauté hétérogène de 250 millions d’âmes.
Copte marié en secondes noces à une descendante d’une grande famille juive d’Alexandrie dans un pays musulman travaillé par l’intégrisme, féru de littérature et de culture française dans un pays ou l’anglais est dominant, il n’aura pas trop de tout son talent de diplomate madré pour galvaniser une francophonie quelque peu déroutée face à une langue anglaise en pleine expansion.
Lui, qui dut faire appel à un collègue anglophone pour rédiger le discours historique en anglais de feu le président Sadate devant la Knesset, le Parlement israélien, «l’anglais n’étant que ma troisième langue après l’arabe et le français», écrit-il dans ses mémoires. (AFP)

