Le décret, signé par le vice-président Vakha Arsanov, ne précise pas explicitement comment les femmes doivent s’habiller, et laisse aux employeurs la responsabilité de veiller à la tenue islamiquement correcte de leurs employées.
Hier pourtant, les femmes de Grozny qui s’affairaient comme chaque jour sur le marché, entre les immeubles en ruines, n’avaient rien changé à leurs tenues.
Zarema Irskhanova, enseignante de 28 ans, était étonnée: «Je ne comprends pas vraiment ce que signifie s’habiller selon la loi islamique. Je considère que c’est un manque de respect de nos us et coutumes».
«Avec la difficile situation économique d’après-guerre, je pense qu’il y a beaucoup d’autres problèmes à traiter avant. Je ne crois pas que ce décret sera respecté», assure-t-elle.
Cet ordre du gouvernement fait suite à plusieurs autres décisions visant à instaurer une législation islamique dans la république indépendantiste, qui a chassé les troupes russes de son sol dans une guerre de 21 mois, de décembre 1994 à août 1996. La Tchétchénie vient notamment d’interdire totalement la production, vente et consommation d’alcool.
Tentatives vouées à l’échec
La Tchétchénie, qui se considère comme indépendante, n’a été reconnue par aucun autre Etat. Les dirigeants indépendantistes, à peine la victoire acquise, avaient annoncé leur intention d’implanter les lois de l’islam dans leur république.
Tous les Tchétchènes se considèrent comme musulmans, mais la religion du prophète Mahomet s’est toujours confondue avec des coutumes locales établies bien avant l’islamisation du Caucase russe, comme les assemblées d’anciens, ou la pratique de la vengeance familiale.
Les Tchétchènes, en outre, ont été imprégnés de culture russe, puis soviétique, depuis la conquête du Caucase par les tsars, il y a 130 ans.
Certains, à Grozny, estiment que l’application stricte de la «charia» pourrait faire reculer la criminalité, qui a explosé après la guerre. Mais la plupart des Tchétchènes refusent de substituer une tradition importée à leurs coutumes ancestrales.
Les femmes tchétchènes, traditionnellement, sont vêtues très décemment, portant souvent un petit foulard sur la tête. Pour Khamid Nazarov, enseignant de 45 ans, «il est impossible d’imaginer une Tchétchène derrière un voile. Les femmes tchétchènes n’ont jamais caché leur visage et ne savent pas ce qu’est un tchador».
«Toute tentative pour arabiser les vêtements tchétchènes est vouée à l’échec, ajoute M. Nazarov. Les Tchétchènes ne sont ni Asiatiques ni Européens. La rigueur asiatique et l’émancipation européenne en matière de vêtement leur sont étrangères».
«Ma première réaction a été la colère, témoigne Inna Bochalova, étudiante de 22 ans. «C’est fou de faire des vêtements un sujet de politique».
«Je n’ai rien contre le foulard, poursuit-elle. C’est une tradition de notre peuple et nos femmes la respectent. Mais nous n’avons pas besoin de vêtements arabes».
Les partisans de l’islamisation, pour leur part, font valoir qu’une loi sévère serait utile à une société où nombre de jeunes «anciens combattants» ont encore des armes mais pas de travail. (AFP)

