Seul impératif, ces «feuilles de vie» (luzerne ou autres sources végétales) doivent être déshydratées. C’est seulement après avoir enlevé l’enveloppe cellulosique des feuilles que les protéines, le béta-carotène — transformé en vitamine A par le corps —, le fer, le calcium, le magnésium et l’acide folique qu’elles recèlent deviennent assimilables par l’organisme humain. Il faut ensuite extraire les composants nutritifs de la plante puis les compacter en concentré sec.
«Il s’agit d’une ressource inépuisable pour lutter contre la malnutrition», affirme avec passion Jacques Subtil, président de l’association pour la promotion des extraits foliaires en nutrition, regroupant des bénévoles français — soutenus par de nombreux médecins et scientifiques, notamment du CHU de Reims — qui se battent depuis des années pour promouvoir la fourniture de cette «manne verte» aux pays en développement.
Ce combat a été lancé par l’association caritative anglaise «Leaf for Life». Les Français ont pour leur part déjà intéressé à leur projet la Roumanie, le Nicaragua et la Chine. Mais il faut sans cesse «se battre», regrette M. Subtil, exploitant en Champagne et longtemps président de France Luzerne, premier producteur mondial de luzerne déshydratée.
Supplément vital
Depuis 1994, des essais ont été menés avec succès dans des orphelinats et hôpitaux roumains et 20 tonnes d’extraits foliaires envoyées au Nicaragua. Des scientifiques de l’Université de Pékin sont venus récemment en France, avec pour objectif la mise en culture en Chine de 30.000 hectares de rumex, plante qui pourrait bénéficier du même traitement que la luzerne.
«Ce qu’il faut, c’est convaincre les grands organismes chargés de l’alimentation, comme la FAO, que manger “l’herbe”, habituellement réservée aux animaux, peut sauver des millions d’enfants mal nourris», explique M. Subtil. Ces extraits de feuilles apportent aux enfants, aux femmes enceintes, aux mères allaitantes et aux vieillards, un supplément nutritif vital. Ils contiennent jusqu’à 65% de protéines, contre 35% pour le lait, 20% pour la viande ou 24% pour les légumes secs.
Selon le Pr. Jean-Claude Dillon, de l’ORSTOM de Dakar, il suffit de 10 grammes par jour, pour un enfant de 10 kilos, pour lui apporter 300% de ses besoins en vitamine A, 100% en fer, 50% en acide folique, 40% en vitamines E. Et pour un coût modeste: 30 francs par enfant et par an avec des extraits produits en France.
D’après l’UNICEF, 500.000 enfants perdent la vue chaque année en raison d’une carence en vitamine A. Quatre millions de moins de cinq ans meurent chaque année de diarrhées, également dues à un manque de vitamine A et cinq millions d’autres, carencés en fer, souffrent de troubles physiques et mentaux. La malnutrition sévit aussi dans les pays «riches».
La technique de la déshydratation est au point. Les études ont prouvé les bénéfices des extraits foliaires et n’ont montré aucune intolérance. Reste à réaliser une recherche appliquée structurée et, «last but not least», à obtenir des financements pour développer les projets à grande échelle et les adapter aux moyens de fortune des pays pauvres. (AFP)

