Après les multiples fins de non-recevoir essuyées depuis des mois en dépit des pressions de la communauté internationale sur la République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre), la mission de l’ONU reste prudente sur les chances de succès de cette nouvelle tentative.
«Si tous les différends sont aplanis, il n’y aura pas de problème» avec le régime de Kinshasa, a résumé mardi le porte-parole de la mission, José Diaz. «Mais nous devons d’abord rencontrer le gouvernement» pour «fixer les modalités» de l’enquête, a-t-il ajouté.
L’ONU a officiellement informé lundi le gouvernement congolais de l’arrivée mardi soir du président de la mission, le juriste togolais Atsu Koffi Amega et de ses deux adjoints. Mardi à la mi-journée M. Diaz n’avait reçu aucune réponse à cette notification.
«Ça va se mettre en place dans les prochains jours», a assuré le porte-parole. Une partie des experts qui doivent assister la mission dans son travail sont déjà à Kinshasa, les autres arriveront d’ici quelques jours. Au total, environ 25 personnes participeront à l’enquête.
En principe, tous les motifs de blocage qui ont entravé l’enquête de la mission ont été levés lors de la visite à Kinshasa, le 25 octobre, de l’ambassadeur américain aux Nations Unies, Bill Richardson.
Après un long entretien avec le président Kabila, l’ambassadeur avait annoncé un accord sur les deux principaux litiges entre l’ONU et Kinshasa: la liberté de mouvement de la mission d’enquête et la période couverte par les investigations.
M. Kabila excluait une enquête limitée à sa simple conquête de l’ex-Zaïre, d’octobre 1996 à mai 1997. Il refusait d’être le seul mis en cause, alors que les tragédies se sont succédé dans l’est de la RDC et les pays frontaliers depuis 1993 et qu’elles sont intimement imbriquées.
Prudence
L’enquête, à laquelle plusieurs bailleurs de fonds occidentaux ont lié la reprise de leur coopération avec Kinshasa, couvrira finalement la période mars 1993-décembre 1997.
En contrepartie, Kinshasa s’est engagé à garantir la liberté de mouvement de la mission d’enquête. Selon l’accord annoncé par M. Richardson, elle pourra se déployer sur l’ensemble du territoire de RDC, non plus seulement dans les provinces de l’est (Nord et Sud Kivu) comme l’exigeait jusque lors M. Kabila.
La question de la liberté de mouvement avait été la cause directe de l’échec de la précédente mission des enquêteurs en RDC, en août et septembre. Les enquêteurs avaient annoncé leur volonté de se rendre à Mbandaka (nord-ouest), d’où leur étaient parvenues de graves allégations de massacres récents. Ils s’étaient heurtés à un refus du gouvernement, qui avait de surcroît mis en cause leur impartialité.
Après avoir lanterné un mois à Kinshasa, la mission avait été rappelée à New York par le secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan sans avoir obtenu gain de cause.
Cette expérience incite le porte-parole de la mission à la prudence, tout comme le sort réservé aux deux premières missions d’enquête désignées par l’ONU.
En juin et en juillet, Kinshasa avait tout simplement refusé la venue de deux missions dirigées par le Chilien Roberto Garreton, auteur de rapports accablants pour le régime sur des massacres de réfugiés lors de l’offensive des troupes de M. Kabila. L’ONU s’était finalement déjugée en remplaçant M. Garreton par M. Amega. (AFP)


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