«Ce n’est peut-être pas une paix entre gouvernements, mais c’est une paix avec nos amis israéliens», confie un trafiquant palestinien de pièces détachées de voitures israéliennes volées, à Dahariya, près de la ville de Hébron en Cisjordanie.
Selon des responsables israéliens, les vols de voitures en Israël ont augmenté de près de 30% depuis le début de l’année, entraînant dans leur sillage les polices d’assurances. 45.000 voitures auront été volées en Israël à la fin de cette année, si la tendance se confirme.
Le trafiquant de Dahariya, qui se présente comme «M», semble avoir largement profité de ce commerce illégal et en plein essor, à en juger par la centaine de voitures démontées jonchant le terrain vague proche de son garage, qui contraste avec les rangées d’oliviers du verger voisin.
Dans sa boutique poussiéreuse encombrée de carburateurs, de volants et de portières, M. explique que la plupart des pièces détachées finissent chez les trafiquants israéliens, le marché palestinien des régions autonomes étant assez étriqué.
La boutique de M. propose un carburateur usagé de Subaru pour 100 shekels (28 dollars), cinq fois moins que la même pièce vendue à 30 km de là, dans la ville israélienne de Beersheva.
Dahariya est la plaque tournante du trafic de voitures volées, en raison de sa proximité géographique avec Israël, qui facilite le contact entre les bandits des deux bords.
La police israélienne accuse son homologue palestinienne des zones autonomes de fermer les yeux sur ce trafic.
«Avant le début du processus de paix, en 1993, nous pouvions agir dans tous les territoires. Maintenant, cela constituerait une violation des accords de paix», déclare Antoun Ayoub, un policier israélien chargé des contacts avec l’Autorité palestinienne.
Le chef de la police israélienne Assaf Hefetz a accusé, la semaine dernière, les responsables palestiniens de profiter de ce marché noir. Il a mentionné l’arrestation, le mois dernier, du député palestinien Moussa Abou Sabha alors qu’il roulait dans une voiture israélienne volée.
Les responsables palestiniens admettent que certains d’entre eux ont été impliqués dans ce trafic, mais ils assurent que la plupart des voitures volées sont transportées et démontées dans des zones sous contrôle israélien.
«Si la police israélienne travaillait correctement, elle pourrait stopper ce phénomène, parce qu’il n’est pas possible que toutes ces voitures franchissent tous les barrages sans qu’elles soient contrôlées», estime le commandant de la police palestinienne à Hébron, Tareq Zeid.
Le problème du vol de voitures est devenu un sujet de préoccupation en Israël. Il a été examiné par le gouvernement et évoqué, la semaine dernière, aux négociations israélo-palestiniennes à Washington.
Sous la pression d’Israël, et à la suite de l’arrestation du député Abou Sabha, le président palestinien Yasser Arafat a lancé, la semaine dernière, une grande offensive contre les trafiquants de voitures.
Mais, pour Tareq Zeid, le phénomène se poursuivra tant que l’Etat hébreu n’aidera pas à juguler la pauvreté dans les zones palestiniennes.
«La situation économique influence tout le monde. Que pouvons-nous y faire?», demande-t-il.
«Le salaire moyen d’un Israélien est dix fois plus élevé que celui d’un Palestinien. La paix, c’est d’abord du pain», soutient M.
«Ce commerce ne me plaît pas, parce que je sais que cela porte préjudice à Israël et j’ai beaucoup d’amis là-bas. Quand nous aurons une vraie paix, qui créera des emplois, alors tout cela s’arrêtera», dit-il.(AFP)

