De mercredi à vendredi, le Dawat a drainé à Muridke (250 km au sud-est d’Islamabad) des dizaines de milliers de personnes réunies dans un immense camp de toile pour y entendre les discours enflammés de ses dirigeants prônant l’action violente au nom du «Jihad», la guerre sainte qui doit être menée partout où se battent des musulmans.
Muridke est à la fois le quartier général du mouvement et un camp d’entraînement militaire pour ses militants qui partiront ensuite au Cachemire se battre contre les troupes indiennes, mais aussi en Bosnie, en Tchétchénie, au Soudan ou aux Philippines, selon des responsables du mouvement.
Mais pour la première fois depuis sa création en 1986, l’émir (le chef) du Dawat, le professeur Hafiz Mohammed Saeed, a annoncé jeudi qu’il lancerait prochainement un «Jihad» au Pakistan pour y instaurer la Charia (les lois coraniques). L’émir rejette en effet la démocratie car, selon lui, il ne saurait être question d’une quelconque souveraineté du peuple. «Seul Allah est souverain» dit-il.
Les partis intégristes n’ont connu que peu de succès lors des élections législatives qui se sont succédé depuis la restauration de la démocratie en 1985. Mais désormais, la plupart de ces mouvements font profession de leur abjection pour un système qu’ils estiment entièrement corrompu et contraire aux lois de l’islam, en se référant souvent explicitement aux succès des Taliban dans l’Afghanistan voisin qui ont pris le pouvoir à Kaboul pour y instaurer un régime islamique ultra-rigoriste.
«La fin du conflit (en Afghanistan) avec les communistes en 1992 nous a apporté trois choses: les moujaheddine, les armes et la drogue», regrette un responsable des services secrets pakistanais.
De fait, après 1992, les milliers de combattants pakistanais qui se trouvaient en Afghanistan sont rentrés chez eux, allant souvent, avec armes et bagages, proposer leur «savoir-faire» aux extrémistes religieux.
Ce sont eux, souvent, qui mènent les actions les plus violentes dans la lutte que se livrent notamment les extrémistes chiites et sunnites et qui a fait plusieurs centaines de morts depuis le début de l’année au Pakistan et notamment dans la province du Pendjab.
Leurs déboires politiques n’empêchent pas ces mouvements de disposer de militants fanatiques et bien entraînés, capables d’être mobilisés partout dans ce pays de plus de 130 millions de musulmans.
Le principal parti islamique, le Jamaat-i-Islami, dispose ainsi de dizaines de milliers de militants disciplinés et motivés. Lui-même revendique des millions d’adhérents.
Ces mouvements entendent bien capitaliser sur le mécontentement croissant des couches populaires confrontées à une crise économique majeure: appauvrissement et chômage grandissants, alors que la classe dirigeante s’enrichit de manière insolente en grande partie par le biais d’une corruption généralisée.
Selon le responsable des services secrets, l’armée elle-même est profondément pénétrée par ces islamistes depuis la dictature du général Zia-ul Haq qui dans les années 80 avait favorisé cette tendance.
Le Dawat est un mouvement qui se rattache au courant Ahle-Hadith, l’une des trois plus influentes écoles de pensée du sunnisme pakistanais (avec les Déobandis et les Brelvis du nom de deux madrassa — écoles coraniques — situées en Inde). Le Ahle-Hadith est basé sur une interprétation stricte puritaine et scrupuleuse du Coran et se veut dépouillé de tout rituel. (AFP)


La France soutient un cessez-le-feu, se « tient à disposition », déclare Macron