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Actualités - Chronologie

Thème spécial Jacques Prévert Toutes les facettes d'un magicien des morts...

«Lire en français et en musique 97» est placé sous le signe de Jacques Prévert. A l’occasion du vingtième anniversaire de la disparition du grand poète français, la Mission culturelle française, en collaboration avec l’association Fatras, a programmé de nombreuses activités pour mieux faire connaître l’œuvre de Jacques Prévert, poète, scénariste, magicien des mots.
Pour commencer, deux grandes banderoles déroulent les paroles du poème «Barbara» sur les façades du Centre culturel français. «Oh Barbara/ Quelle connerie la guerre/ Qu’es-tu devenue maintenant/ Sous cette pluie de fer/ De feu d’acier de sang/ Et celui qui te serrait dans ses bras/ Amoureusement/ Est-il mort disparu ou bien encore vivant»... Ce poème d’amour, qui dénonce la guerre, est passé par Sarajevo avant d’atterrir à Beyrouth.
Par ailleurs, les visiteurs ont pu constater de drôles de phénomènes: déclamant les poèmes de Prévert en solo ou à plusieurs, les étudiants de l’ALBA ont animé les allées du salon Lire.
Deux expositions ont également marqué l’année Prévert chez nous: une de collages et une de photos noir et blanc. Une partie des fac-similés de collages sont au CCF: têtes d’animaux sur des corps humains ou humanoïdes, ces copies sont à l’image du Jacques Prévert surréaliste. Au Salon Lire, c’est l’exposition Doisneau/Prévert qui occupe un important espace aux murs blancs. Une série d’une cinquantaine de photographies, encadrées, en noir et blanc du poète avec ses amis, sa famille... les instants d’une vie saisis par Robert Doisneau.
Jacqueline Duhême, qui a collaboré avec Jacques Prévert en tant qu’illustratrice à des livres pour enfants, était également au Beirut Hall. Elle y a présenté «L’opéra de la lune», un classique de la littérature enfantine.

Cycle ciné

Et pour couronner ce cycle Jacques Prévert, la projection de quelques-uns des plus célèbres films dont il a été dialoguiste ou scénariste et de deux reportages dont il a été le commentateur. Trois soirées à la salle Montaigne (CCF) au cours desquelles se sont succédé: «Voyage surprise», «Lumière d’été», «L’affaire est dans le sac», «Les enfants du Paradis», «Le roi et l’oiseau»...
Inauguration avec les deux documentaires: «Teneriffe» et «Aubervilliers». Hughes Bachelot, gendre du poète et gérant de la société Fatras, dont le but est de promouvoir le patrimoine Prévert, a rapidement présenté le cycle ciné en soulignant que «quand on demandait à Prévert pourquoi il avait tellement écrit pour le cinéma, il répondait qu’il fallait bien faire quelque chose. J’ai écrit des scénarii, ensuite j’ai écrit d’autres choses. C’est devenu comme ça mon métier, d’écrire». M. Bachelot indique que «Jacques se définissait comme un rebouteux du cinéma, le reficeleur de scénarii». Plus tard, il s’est mis à la poésie. Se voyait-il comme poète? «Jacques disait que la poésie est partout dans la vie, comme Dieu nul part», note Hugues Bachelot. Il a rappelé que le poète est mort il y a vingt ans. «De nombreuses villes en France et dans le monde lui rendent hommage. A ce propos, Prévert se contrefoutait de tous les hommages. Il disait être candidat au Prix Nobel de la Poudre d’escampette»...

La plume de
l’«Agit-Prop»

Né le 4 février 1900 à Neuilly-sur-Seine dans une famille modeste, Jacques Prévert est très tôt confronté à la misère. En effet, il accompagne son père, employé de l’office central des œuvres charitables, dans ses visites aux pauvres. Chez Jacques Prévert, l’anticonformisme est une règle de vie. Il participe au mouvement surréaliste avant d’intégrer le «Groupe Octobre», troupe théâtrale d’«Agit-Prop» formée d’intellectuels et d’acteurs communistes, trotskystes, mais également d’artistes apolitiques, comme Paul Grimault, Maurice Baquet... Le discours du groupe: «Contre un régime qui bascule à droite; contre une église ultra-réactionnaire; contre la menace de la guerre; contre la police; contre l’antisémitisme»... Avec son cadet Pierre, Prévert va entrer en cinéma, un peu par hasard. Il deviendra, au début des années quarante, «l’un des meilleurs dialoguistes du cinéma français». Le métier d’écrire, «c’est celui que je préfère, c’est tout» dit-il. Et il ajoute: «J’aime pas tellement le travail».
«Teneriffe» est un documentaire réalisé en 1932 par Yves Allégret et Eli Lotar. On y découvre la plus grande île des Canaries. Les commentaires signés Jacques Prévert sont un premier échantillon prometteur. Il a le génie de mettre les mots au service d’une ironie, qui fait, toujours mouche.
A travers «Aubervilliers» (1945) réalisé par Eli Lotar, Prévert vise «à attirer l’attention sur les îlots insalubres des grandes villes». «Paris a ses beautés cachées» fait remarquer, laconique, le commentateur. Dissection d’une misère quotidienne, tableau terrible d’une cité ouvrière...
«L’affaire est dans le sac» est le premier long métrage réalisé en 1932 par Pierre Prévert, scénario et dialogues Jacques. On y retrouve tout l’anticonformisme des frères Prévert, toute l’ironie du regard peu complaisant qu’ils posent sur le monde qui les environne. De tous les films auxquels il a travaillé, Prévert avouera en 1965 que sa préférence va à «L’affaire...» et aux «Enfants du Paradis». «L’Affaire est dans le sac» est un morceau d’humour où les répliques insolites ou absurdes fusent dans un feu d’artifices linguistique.
«Voyage Surprise» (1947) est une réalisation de Pierre Prévert; le scénario est cosigné Claude Accursi, Pierre et Jacques Prévert. Ce long métrage réalisé dans la même trempe que «L’Affaire», mais en moins absurde, reste tout de même une vraie louffoquerie, à la sauce tendrement poétique...
Dans un tout autre genre, «Lumière d’été» (1943) de Jean Grémillon, scénario Jacques Prévert/Pierre Laroche, avec Madeleine Renaud, Madeleine Robinson, Pierre Brasseur... est un film où se croisent les destins de deux couples antagonistes. Les images fortement contrastées font écho aux sentiments extrêmes des personnages. L’atmosphère baroque, dans laquelle baigne ce long métrage, en fait toute l’originalité.
«Le roi et l’oiseau», dont la réalisation a été terminée par Paul Grimault en 1979, avait été mis en chantier par Grimault et Jacques Prévert à la fin des années 1940. Les dialogues signés Prévert sont une ode à la vie et à l’amour; une dénonciation de la bêtise et de la veulerie...
«Les enfants du paradis» de Marcel Carné (1945) sont une invitation au voyage dans un Paris populaire. Boulevard du Temple en 1830, Arletty campe une Garrance au charme ravageur, au style à la fois distingué et gouailleur; Pierre Brasseur un séducteur invétéré, blessé à mort par la flèche de Cupidon; Jean-Louis Barrault, maître en pantomime pousse à son comble l’art du geste...
Très belle rétrospective.

Aline GEMAYEL
«Lire en français et en musique 97» est placé sous le signe de Jacques Prévert. A l’occasion du vingtième anniversaire de la disparition du grand poète français, la Mission culturelle française, en collaboration avec l’association Fatras, a programmé de nombreuses activités pour mieux faire connaître l’œuvre de Jacques Prévert, poète, scénariste, magicien des mots.Pour commencer, deux grandes banderoles déroulent les paroles du poème «Barbara» sur les façades du Centre culturel français. «Oh Barbara/ Quelle connerie la guerre/ Qu’es-tu devenue maintenant/ Sous cette pluie de fer/ De feu d’acier de sang/ Et celui qui te serrait dans ses bras/ Amoureusement/ Est-il mort disparu ou bien encore vivant»... Ce poème d’amour, qui dénonce la guerre, est passé par Sarajevo avant d’atterrir à Beyrouth.Par...