La grève des routiers français s’est effritée vendredi sur fond de fortes divisions syndicales, après une semaine de paralysie d’une grande partie du réseau routier. Le principal syndicat des routiers, la CFDT (socialisante), et les fédérations patronales de transporteurs ont signé peu avant 17h00 (16h00 GMT) au ministère des Transports un protocole d’accord élaboré dans la nuit. Mais les autres syndicats ont rejeté ce texte, accusant la CFDT d’avoir trahi les intérêts des chauffeurs routiers.
Dès la fin de matinée, des barrages avaient pourtant commencé à être levés, le mouvement s’accélérant progressivement, notamment dans l’ouest et le nord du pays.
«Globalement les routiers peuvent sortir très fiers de la situation», a estimé le négociateur CFDT Joël le Coq, se félicitant de la réorganisation du système de rémunération et des «augmentations substantielles».
Le ministre communiste des Transports, Jean-Claude Gayssot, a pour sa part affirmé que l’accord «témoigne d’avancées sociales indiscutables (...) même s’il ne règle pas tous les problèmes».
Le secrétaire général du syndicat FO-Transports (indépendant), Roger Poletti, a par contre dénoncé la signature de l’accord comme une «magouille» entre M. Gayssot, le patronat et la CFDT. Il a affirmé que l’accord «livre pieds et poings liés des chauffeurs routiers à leurs patrons». La CGT (à direction communiste), la FNCR (autonome) et la CFTC (chrétienne) ont également rejeté l’accord.
Le texte prévoit des augmentations progressives, avec pour les chauffeurs les plus qualifiés un salaire mensuel de 10.000 francs (1.700 dollars) pour 200 heures de travail au 1er juillet 2000, soit une augmentation de 21%. Il instaure également une réforme profonde du système salarial en vigueur dans la profession.
La CFDT affirmait tenir environ 80% des barrages à travers le pays et les syndicats ayant refusé le texte avaient reconnu qu’il serait difficile de maintenir le blocage des routes si le principal syndicat renonçait au mouvement.
Malgré l’incertitude que la désunion syndicale peut faire peser sur le maintien de barrages «sauvages», l’effritement visible du mouvement devrait rassurer les partenaires européens de la France, qui ne cachaient pas leur inquiétude croissante.
Symboliquement, dans les départements de la Sarthe (ouest) et du Rhône (centre-est), les préfectures ont annoncé dès la signature du protocole la levée du rationnement d’essence.

