«Cet agent, Avishaï Raviv, qui était payé par le Shin Beth pour surveiller les milieux d’extrême-droite, s’est en fait livré à une série de provocations. C’est sans doute lui qui a été à l’origine de la diffusion d’affiches montrant Yitzhak Rabin revêtu d’un uniforme de SS au cours d’une manifestation à Jérusalem», a estimé M. Eytan à la télévision israélienne.
Selon lui, Avishaï Raviv, dont le nom de code était «Champagne», était un «ami très proche du tueur Yigal Amir». «Cet agent provocateur a également affirmé devant témoin qu’il fallait éliminer Rabin, au besoin par un attentat-suicide», a ajouté M. Eytan.
Le ministre a affirmé qu’il fondait ses accusations sur la partie secrète du rapport rédigé par la commission d’enquête sur l’assassinat de Yitzhak Rabin.
La télévision a également fait état d’une lettre de «repentir» adressée par Avishaï Raviv le mois dernier à un rabbin pour «demander pardon au peuple d’Israël».
Le procureur général Elyakim Rubinstein a pour sa part affirmé qu’Avishaï Raviv ne pouvait prétendre bénéficier d’une immunité au titre de ses activités au sein du Shin Beth s’il s’avère qu’il n’a rien fait pour empêcher l’assassinat de Rabin.
«Nous allons décider dans les prochaines semaines de son éventuelle inculpation», a annoncé M. Rubinstein,
Conspiration
Dans la partie rendue publique de son rapport, la commission d’enquête avait recommandé au Shin Beth de renforcer les procédures de contrôle de ses agents afin qu’ils ne commettent pas d’actes illégaux.
La télévision a également précisé qu’Avishaï Raviv continuait à percevoir un salaire du Shin Beth et qu’il se cachait au domicile de ses parents à Holon, dans la banlieue de Tel-Aviv.
A la veille de la commémoration du meurtre de Yitzhak Rabin, un article du quotidien «Hatzofeh», organe du Parti national religieux (PNR), émanation politique des colons et membre de la coalition au pouvoir, avait relancé la thèse d’une «conspiration».
Selon cette théorie, Avishaï Raviv aurait poussé Yigal Amir à tuer Yitzhak Rabin pour le compte du ministre des Affaires étrangères Shimon Pérès qui aurait ainsi cherché à prendre la place du premier ministre travailliste.
M. Eytan a rejeté comme «absurde» cette thèse. Mardi, le premier ministre Benjamin Netanyahu avait qualifié l’article de «Haztofeh» de «complètement stupide».
Ces allégations, qui avaient déjà été formellement écartées par la commission d’enquête sur le meurtre et par le tribunal qui a condamné l’assassin de Rabin, ont été prises au sérieux ces derniers jours par plusieurs membres du gouvernement Netanyahu.
Ces ministres, notamment MM. Yaakov Neeman (Finances), Avigdor Kahalani (Sécurité intérieure) et Raphaël Eytan (Agriculture et Environnement), ont demandé à M. Netanyahu de «faire la lumière» sur cette thèse d’une conspiration.
Yitzhak Rabin a été tué le 4 novembre 1995 à Tel-Aviv, lors d’un rassemblement de la gauche en faveur du processus de paix. Son meurtrier a été condamné l’an dernier à une peine de prison à perpétuité. (AFP)

