Au fond d’un couloir parsemé de journaux appelant à l’«action directe», dans une salle sombre égayée uniquement par un drapeau rouge marqué du marteau et de la faucille, Viktor Anpilov, leader du mouvement Russie du travail, Sergueï Terekhov (l’Union des officiers) ainsi que l’écrivain bolchévique Edouard Limonov se sont solennellement déclarés unis dans la dissidence.
Devant une dizaine de journalistes assis sur des planches de bois, M. Anpilov résume la situation d’une voix grave: les événements politiques des dernières semaines ont révélé que les députés communistes se sont rangés «du côté de ceux qui ont provoqué la chute de l’Union soviétique et volent notre peuple»: leur politique est «antinationale» car ils vendent «les richesses nationales à des étrangers».
«Si les élections se tiennent bien en 1999», et que «les tanks n’ont pas envahi les rues d’ici là», les trois chefs, réunis au sein d’un «bloc radical», entendent s’emparer d’environ 50 sièges à la Douma, la Chambre basse du Parlement, pour y «représenter la grande majorité du peuple russe, pas les riches», ajoute-t-il. Ils n’ont à l’heure actuelle aucun représentant au Parlement.
Les trois mouvements d’extrême-gauche, qui disent avoir mis de côté leurs différends pour «sauver le pays», ne décolèrent pas depuis que, il y a deux semaines, le leader du PC officiel Guennadi Ziouganov a renoncé à une motion de censure contre le gouvernement, estimant suffisantes les concessions du Kremlin.
Pour M. Anpilov, Ziouganov n’est pas un communiste et «ne s’est jamais considéré comme tel».
Mensonge
Quant à Edouard Limonov, un auteur nationaliste qui a vécu en France et aux Etats-Unis avant l’arrivée des libéraux dans son pays, il confesse n’avoir jamais cru en M. Ziouganov, qu’il traite de «menteur».
Les trois hommes, vêtus d’un costume noir orné du petit insigne rouge des communistes, se sont par ailleurs indignés d’un décret signé la semaine dernière par Boris Eltsine destiné à lutter contre les «extrémismes politiques».
«Il n’y a pas de définition juridique de ce terme», «nous sommes résolus à ne pas tenir compte de l’oukaze», a prévenu M. Terekhov, le chef de l’Union des officiers, un mouvement interdit pendant deux semaines après les affrontements sanglants d’octobre 1993 entre les députés et les troupes fidèles à Boris Eltsine.
«Nous agissions selon la Constitution et continuerons», a-t-il expliqué.
Ensemble, ces communistes manifesteront d’un même pied lors de la célébration du 80e anniversaire de la révolution bolchévique, le 7 novembre, jour férié rebaptisé l’année dernière par le président russe «Jour de la réconciliation nationale». Au grand dam de ceux qui se considèrent comme les «purs» descendants de Lénine.
«C’est de la propagande» de l’«oligarchie financière qui vend tout et n’a rien dans le cœur», et veut faire croire au peuple que toutes ses réformes représentent un progrès, s’est scandalisé M. Anpilov.
Anpilov et ses alliés attendent plus de 15.000 participants au défilé du 7 novembre, qui iront, selon la tradition, déposer des gerbes de fleurs sur la Place rouge devant le mausolée en porphyre du père de la révolution, Vladimir Illitch Lénine. (AFP)

