De nombreuses compagnies pétrolières étrangères ont déjà pignon sur rue, comme l’Américain Exxon, qui est l’opérateur d’un des deux projets d’exploitation pétrolière faisant l’objet d’un avantageux accord de partage de production avec les autorités et les sociétés russes Rosneft et SakhalineMorNeftegaz.
Les réserves d’hydrocarbures à l’est de cette île d’environ 600.000 habitants «approchent celles de la mer du Nord», estime Frank Duffield, qui au nom de Shell préside le second de ces projets, Sakhaline-2.
Mais les conditions météo sont particulièrement défavorables — les eaux sont prisonnières des glaces six mois par an en cet endroit — et les investissements nécessaires sont estimés à plus de 25 milliards de dollars.
La production initiale, dite «early oil», doit commencer en 1999 pour le projet d’exploitation le plus avancé, dit Sakhaline-2.
La construction d’un oléoduc de 600 km est prévue entre les zones pétrolières au nord-est et la métropole de Ioujno-Sakhalinsk au sud de l’île, ainsi qu’une raffinerie de grande capacité qui a fait jusqu’ici cruellement défaut à la région, des centrales électriques au gaz, etc...
D’autres sociétés étrangères, comme Mobil et Texaco, impliquées dans les projets Sakhaline-3 et Sakhaline-4, espèrent conclure elles aussi un accord de partage de production dans les mois qui viennent.
Les projets les plus avancés n’en sont encore qu’aux forages exploratoires. Les habitants de Ioujno-Sakhalinsk, principale ville au sud de l’île, loin de se comparer à l’Alaska que leur annonce la télévision locale, racontent que des dizaines de milliers de personnes sont déjà parties chercher meilleure fortune ailleurs.
Ioujno-Sakhalinsk compte déjà quatre hôtels de standing — un record pour une ville de 140.000 habitants — et l’immobilier de bureau se fait rare au centre.
William Miller, directeur de l’American Business Centre qui aide les investisseurs américains à prendre leurs marques dans la région, en est convaincu: «cette région a un brillant avenir devant elle», dit-il. «Dans 10 ans, l’endroit sera méconnaissable».
«Les investissements pétroliers vont inévitablement avoir un effet multiplicateur. L’amélioration des infrastructures va créer des centrales électriques, des hôpitaux, et toute une industrie de service, des restaurants aux laveries automatiques», dit-il.
Pourtant, comme dans toute la Russie, les investissements sont freinés par une législation mouvante et un Parlement russe globalement méfiant envers les investissements étrangers, qui rechigne à parachever le cadre juridique des accords de production.
Les investisseurs étrangers soulignent néanmoins que l’administration régionale, dirigée par le gouverneur pro-gouvernemental Igor Farkhoutdinov, fait ce qu’elle peut pour leur faciliter la tâche.
«Le niveau de vie de la région devrait bientôt être l’un des plus élevés de Russie», dit M. Farkhoutdinov, dont le budget devrait exploser dans les prochaines années grâce aux contributions des sociétés pétrolières.
«On va pouvoir enfin gazifier les villes, au lieu de chauffer au charbon sale et salissant, et on va encourager le tourisme».
Mais fait encore rare en Russie, il se montre soucieux de préserver l’environnement. «Nous ne permettrons pas que ce développement porte atteinte à la qualité des eaux de l’île, qui seront toujours notre ressource de base», souligne-t-il. (AFP)

