Les électeurs irlandais sont appelés à choisir entre cinq candidats, dont un seul homme donné perdant.
La présidente sortante avait promis de «dépoussiérer» la fonction jusqu’ici exclusivement masculine, honorifique et crépusculaire, qu’elle a quittée à 52 ans pour devenir haut commissaire de l’ONU aux droits de l’homme.
En plus de 6.500 déplacements en sept ans, dont plusieurs en Afrique où jamais un président irlandais n’avait mis les pieds, cette avocate féministe a plaidé pour le tiers-monde, les oubliés de la croissance économique dans son pays et — catholique mariée à un protestant — la réconciliation des deux Irlande.
Son succès a suscité les candidatures, plus nombreuses que jamais, donnant lieu à la campagne électorale la plus disputée de l’histoire de l’Irlande.
La favorite pour sa succession est Mary McAleese, 47 ans, candidate du parti au pouvoir, le Fianna Fail (centre-droit), créditée de 37% des voix par le dernier sondage, diffusé mercredi.
Face à cette native de Belfast, nationaliste et catholique traditionnaliste, le député européen Mary Banotti, 58 ans, divorcée et libérale, représente le Fine Gael (centre-droit, opposition). Elle a à son actif une bonne expérience de la défense des droits civiques, composante importante du rôle présidentiel.
Loin derrière arrivent Rosemary Scallon, 46 ans, qui remporta le concours de l’Eurovision en 1970 sous le nom de Dana, puis la candidate du Labour et des Verts, Adi Roche, 42 ans, dont la cote s’est effondrée en cours de campagne et le policier à la retraite Derek Nally, 60 ans.
Le score de ces candidats de second rang est rendu crucial par le système de «vote unique transférable» par lequel les électeurs dressent une liste de préférences.
Les reports de voix
Aucune majorité absolue n’étant attendue au terme du premier décompte, qui commencera vendredi, tout se jouera sur les reports de voix.
En raison de leur proximité sur les questions morales, McAleese devrait bénéficier de celles de Scallon, que ses détracteurs surnomment la «candidate du Pape».
Banotti recueillerait celles de Roche et une bonne part de celles de Nally.
Ce qui ne suffira pas, selon les études d’opinion, à ravir la victoire à McAleese, dont la campagne a été un modèle d’efficacité.
L’appareil du Fianna Fail, parti longtemps hégémonique en Irlande, a été mis au service de cette novice en politique dotée d’une évidente rage de vaincre.
Ses convictions anti-avortement, qui ne sont un secret pour personne dans une Irlande à 95% catholique, ont été escamotées.
Son image progressiste et énergique est celle que l’élite intellectuelle et économique à succès de «l’Irlande SA» («Corporate Ireland»), pro-européenne avec ferveur, veut projeter d’elle-même à l’étranger.
Un visage neuf pour le pays le plus jeune d’Europe, et une personnalité sans tâche, en contraste avec une classe politique usée par les affaires de corruption.
Très loin de là, sur les îles au large de la côte ouest de l’Irlande, 200 électeurs ont été appelés à voter dès mercredi, par crainte de gros temps jeudi. (AFP)


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