Accusé jadis de démagogie, voire de racisme et d’antisémitisme, il a mis récemment un bémol remarqué à sa rhétorique et s’est distingué par des gestes d’ouverture, notamment envers ceux comptant parmi ses critiques les plus virulents comme la communauté juive américaine.
Farrakhan, 64 ans, explique ce changement par l’expérience de sa «Marche d’un million de Noirs» en octobre 1995. La journée de discours et de réflexion avait rassemblé 800.000 personnes à Washington, avec un message simple aux noirs américains: prenez-vous en charge vous-mêmes.
Pour commémorer la marche, Farrakhan a appelé la semaine dernière les Noirs à observer une «journée d’expiation et réconciliation» nationale en restant chez eux et en priant pour faire passer aux Blancs le message de l’importance de la population noire dans la société américaine.
La journée n’a été que faiblement suivie mais lors de visites récentes dans des écoles, des églises ou des prisons, le leader noir n’a eu de cesse de marteler ce message d’expiation et de réconciliation avec les Blancs.
«Pendant 42 ans, ma préoccupation a été la communauté noire», a-t-il expliqué au «Chicago Tribune». «Aussi la communauté noire connaît et comprend généralement Farrakhan, mais lorsque les mots adressés aux Noirs sont entendus par des Blancs, ils provoquent quelquefois peur et colère».
Farrakhan a annoncé qu’il préparait une «suite» à sa Marche de 1995: une cérémonie de mariages en masse, en l’an 2000, ouverte à tous les groupes ethniques et raciaux.
Depuis près de deux ans, Farrakhan a également fait quelques gestes d’ouverture vers des personnalités de la communauté juive américaine.
Pour beaucoup, dont David Bositis, chercheur du Centre d’études politiques et sociales de Washington, Farrakhan s’est attiré l’hostilité de nombreux Juifs Américains pour des positions perçues comme antisémites.
«De plus, le gros de la communauté juive a des liens étroits avec l’Amérique noire et n’a pas besoin de Farrakhan pour servir de liaison», relève M. Bositis.
Il cite en outre de récents sondages de son institut, montrant que Farrakhan est beaucoup moins populaire au sein de la communauté noire que des personnalités comme le révérend Jesse Jackson ou l’ancien chef d’état-major Colin Powell.
En 1996, lors d’une visite controversée en Libye, Farrakhan avait affirmé que son organisation «s’apprêtait à créer une nouvelle force politique aux Etats-Unis, pour défendre les droits spoliés des noirs et des autres minorités».
Au sein de la communauté musulmane, plusieurs organisations accueillent bien cette nouvelle modération de Farrakhan.
Musa Qutub, président du Centre d’information islamique de Chicago, espère que le leader noir est «sincère» et l’«encourage à revenir dans la tendance principale de l’islam».
Pour certains observateurs, Farrakhan a adopté un ton plus modéré après avoir réalisé que son mouvement avait subi le contrecoup financier de certaines de ses prises de position.
L’administration américaine, agacée par les visites du leader noir à Cuba, en Libye, Iran, Irak et au Soudan en 1996, a ainsi annulé des contrats avec la Nation de l’islam, dont la valeur totalisait plusieurs millions de dollars. Elle lui avait interdit de recevoir un prix humanitaire libyen de 250.000 dollars, ainsi qu’une somme d’un million de dollars que lui aurait promise Mouammar Kadhafi. (AFP)

