Pol Pot, apparemment chassé de la direction de la guérilla, a livré sa confession à un journaliste américain de l’hebdomadaire «Far Eastern Economic Review» (FEER), lors d’une interview exclusive dans la base rebelle d’Anlong Veng (nord du Cambodge).
Il est tenu responsable de la mort de plus d’un million de Cambodgiens durant le règne de terreur des Khmers rouges à Phnom Penh (1975-79).
«J’ai commencé par être nationaliste, puis patriote, et ensuite j’ai lu des livres progressistes», explique-t-il dans l’interview.
«Avant, je n’avais jamais lu «L’Humanité» (le quotidien du PCF). Elle me faisait peur, mais je m’y suis habitué à cause du mouvement étudiant», dit-il à propos de ses années étudiantes en France entre 1949 et 1952, en plein stalinisme.
Il assure aussi avoir été influencé par le combat non-violent du héros de l’indépendance indienne, le Mahatma Gandhi.
Selon le journaliste qui l’a interrogé, Pol Pot a retrouvé un ton passionné pour évoquer sa jeunesse et sa vie de famille, tandis qu’il restait impassible sur le reste. Il a simplement déclaré qu’il «ne regrettait rien».
Pour la première fois, Pol Pot — de son vrai nom Saloth Sar — révèle des détails de son passé, notamment sa date de naissance, dans la province centrale de Kompong Thom, qui laissait perplexes les historiens, certains avançant mai 1925, d’autre 1927.
Il dit être né en janvier 1925: «Janvier (en français dans le texte), je me souviens parce que ma mère avait écrit le mot à la craie sur le mur de la maison, près de l’armoire».
Pol Pot, qui se reconnaît «taciturne et pudique de nature», explique avoir menti sur son âge pour pouvoir obtenir une bourse à l’étranger. Il l’a eue et est parti pour la France en 1949.
«Je n’étais pas un mauvais étudiant. J’étais moyen. J’étudiais juste assez pour garder ma bourse. Le reste du temps, je lisais des livres», affirme Pol Pot, réputé pour avait fait des études médiocres. Il fréquentait alors une école d’ingénieur-électricien à Paris.
«J’achetais des livres d’occasion chez les bouquinistes, le long de la Seine, avec le peu d’argent qui restait de ma bourse. Mais j’avais beaucoup de livres à lire, par exemple la «Grande Révolution Française». Je ne comprenais pas tout, mais je lisais simplement»…
Il assure que sa conscience politique ne s’est vraiment éveillée qu’après son retour au Cambodge en janvier 1953.
«Avant de partir en France, ma famille vivait confortablement, des paysans moyens qui avaient des terres et des buffles. Quand je suis revenu, mon oncle était cyclo-pousse, ma famille n’avait plus rien», dit-il.
Il affirme être devenu numéro un du Parti communiste cambodgien en 1960 «par chance», après la disparition mystérieuse de son secrétaire général Tou Samuth. «Il fallait que quelqu’un prenne la place…» (AFP)

