Les électeurs vont désigner à la proportionnelle les conseils municipaux et départementaux après une campagne qui n’a suscité que peu d’intérêt.
Elle a été largement occultée, dans certaines régions, comme l’Algérois (centre) par la crainte de nouvelles opérations du GIA, après le choc des tueries de Raïs, Béni Messous et Bentalah, qui ont fait plus de 500 morts selon les rescapés, moins de 200 selon les communiqués officiels.
Près de 85.000 candidats, représentant 37 partis, 3 alliances et 428 listes indépendantes sont en lice.
Premier parti à l’Assemblée, le Rassemblement national démocratique (RND), le parti présidentiel, part favori avec ses 1.480 listes. Créé au début de l’année, le RND est présent dans pratiquement toutes les communes, et sans adversaire dans 37 d’entre-elles.
Le «Rendo», comme le surnomment les fellahs (paysans), a été la cible des critiques des autres partis qui l’accusent de pressions, de bénéficier de l’aide de l’administration et d’être prêt à frauder, autant d’accusations rejetées par ses candidats.
Dans le Mitidja, la grande plaine aux portes d’Alger ensanglantée par les massacres, le RND a fait le forcing, en s’appuyant sur les «patriotes», les membres des groupes d’autodéfense.
«Nous sommes à la pointe de la lutte contre le terrorisme, c’est nous qui sauverons l’Algérie», affirme un candidat à Boufarik, une des principales localités de cette région qui était entièrement aux mains du Front islamique du salut (FIS-dissous) après les municipales de 1990.
Une nouvelle fois, le FIS a appelé, depuis l’étranger au boycott du scrutin, alors que son aile militaire observe, depuis le 1er octobre une trêve, en réclamant une solution politique globale.
Mais pour les autorités, le dossier du FIS est «définitivement clos» et le scrutin constitue le «parachèvement» du processus démocratique, près de six ans après l’annulation du premier tour des législatives remportées par le FIS et une vague de violence qui a fait plus de 60.000 morts, selon des estimations occidentales.
Les islamo-conservateurs
Le processus électoral avait été relancé en novembre 1995 avec la présidentielle, largement remportée par Liamine Zéroual, suivi par le référendum constitutionnel de novembre 1996 et les législatives de juin.
Ce dernier scrutin, aux résultats vivement contestés par l’opposition, avait vu la confirmation de l’émergence d’un fort courant islamo-conservateur, et la marginalisation des partis «démocrates», avec seulement 10% des sièges.
Le RND, le Front de libération nationale (FLN, ex-parti unique) et le parti islamiste du Mouvement de la société de la Paix (MSP, ex-Hamas) ont formé le gouvernement.
Pour les locales, le RND est talonné par le FLN (1.442 listes) le MSP (698) et l’autre parti islamiste légal, le Mouvement Ennahda (367). Les principaux partis de la mouvance démocrates, qui ont obtenu des sièges à l’Assemblée, ne présentent au total 453 listes.
Tous les candidats ont mené une campagne de proximité. L’occasion pour eux de recueillir les doléances d’une population exténuée par les difficultées quotidiennes: pénurie de logements, d’eau — dans le centre d’Alger, elle n’est distribuée que tous les 3 jours —, chômage — il touche officiellement 28% de la population active — licenciements en cours de dizaines de milliers de salariés des entreprises d’Etat.
Ce climat social pesant contraste avec la relative bonne santé de l’économie, tirée par les exportations de gaz et de pétrole, un secteur qui attire les investisseurs étrangers, et dont les efforts ont été salués par les institutions financières internationales.
Sur le plan sécuritaire, l’armée mène plusieurs opérations, largement médiatisées par la presse privée, contre des sanctuaires du GIA, alors que les assassinats et les attentats se poursuivent dans l’Algérois et plusieurs régions de l’Ouest.
L’armée a ainsi mené durant trois semaines une vaste opération pour «nettoyer» Ouled Allel, une localité désertée à 15 km au sud d’Alger transformée en camp retranché du GIA, truffée d’abris souterrains, et d’engins piégés.
Elle encercle la forêt de Baïnem, qui jouxte Alger, où sont retranchés des commandos du GIA, en utilisant des bulldozers pour ouvrir des pistes. De nombreux ratissages ont déjà été menés dans cette zone sans parvenir à en déloger les islamistes armés.
L’armée veut ainsi prouver qu’elle entend reprendre le contrôle de ces zones «chaudes». Mais certaines voix se sont élevées pour demander comment des bases de cette importance ont pu s’implanter, durablement, aux portes même de la capitale. (AFP)


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