M. Lissouba, qui était accompagné d’une délégation, a été reçu pendant deux heures par le chef de l’Etat togolais, le président Gnassingbé Eyadéma, avant de rejoindre Ouagadougou.
Rien n’a filtré de l’entretien, mais un membre de la délégation congolaise a déclaré: «Nous essayons d’expliquer à certains chefs d’Etat la situation que nous venons de vivre au Congo».
Le ministre burkinabé des Affaires étrangères, M. Ablassé Ouédraogo, a déclaré à la télévision nationale: «Le président Pascal Lissouba peut aller où il veut et il est libre de consulter qui il veut».
«Le gouvernement du Burkina-Faso a donné une réponse favorable à la demande du président Lissouba simplement parce que nous sommes dans une situation humanitaire», a-t-il expliqué.
Le chef de l’Etat congolais déchu est logé dans le pavillon sierra-léonais de la cité «Ouaga 2000», où plusieurs villas destinées à accueillir des chefs d’Etat ont été construites à l’occasion du sommet France-Afrique de décembre 1996.
La durée de son séjour «n’a pas encore été évoquée» par son hôte, le président Blaise Campaore qui déclare: «Pour des raisons d’ordre moral et de fraternité africaine, nous avons accueilli M. Lissouba pour une période qui va permettre un arrêt des hostilités et des affrontements».
A Brazzaville, contrôlée par les miliciens Cobras de Denis Sassou Nguesso, nouvel homme fort du Congo, des pillages se sont poursuivis dans le centre malgré le souhait déclaré des responsables militaires d’y mettre un terme.
Une relative normalisation se manifeste avec la réapparition progressive d’habitants qui étaient terrés dans les forêts voisines pendant les combats, mais dans certains quartiers demeurent des poches de «résistance isolée» selon un responsable militaire congolais.
Les tirs attribués à des miliciens Ninjas, partisans de Bernard Kolelas, maire de Brazzaville et ex-premier ministre de Pascal Lissouba, ont légèrement blessé un gendarme français de l’escadron parachutiste d’intervention de gendarmerie nationale (EPIGN) affecté à la sécurité de l’ambassade, depuis le début des combats dans cette ville.
A Pointe-Noire, capitale économique du pays, la population a repris peu à peu ses activités et la ville paraît totalement intacte.
Sur le plan politique, le président angolais, José Eduardo dos Santos, qui s’est entretenu dimanche par téléphone avec Denis Sassou Nguesso a donné à celui-ci des garanties pour une «coopération militaire» avec le Congo-Brazzaville, a indiqué un communiqué de la présidence angolaise.
Des unités de combat de l’armée angolaise ont appuyé les milices de Sassou Nguesso dans la prise mardi dernier de l’aéroport de Brazzaville et de la capitale économique du pays, Pointe-Noire, mercredi.
L’Angola avait confirmé et justifié le 15 octobre l’intervention de ses troupes au Congo-Brazzaville, en invoquant son droit de poursuivre des «agresseurs» séparatistes cabindais, dans un message au secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan.
Après le ralliement du Rassemblement pour la démocratie et le progrès social (RDPS du maire de Pointe-Noire Jean-Pierre Thystère-Tchicaya), un deuxième parti politique a salué la victoire de Sassou Nguesso; le Rassemblement pour la démocratie et la république (RDR-indépendant). Son chef, le général Raymond Damase Ngollo, ancien ministre congolais de la Défense considéré comme une personnalité modérée, a déclaré que la victoire de Denis Sassou Nguesso constituait un «soulagement» pour l’ensemble de la population congolaise.
A Kinshasa, le porte-parole gouvernemental, Raphaël Ghenda, a déclaré que le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre) «suit avec attention l’évolution de la situation au Congo-Brazzaville», mais n’a pas précisé si la RDC allait reconnaître ou pas le nouveau régime congolais du général Sassou Nguesso.
Par ailleurs, vingt nouveaux ressortissants étrangers évacués lundi matin par l’armée française de la région de Zanaga (300 kilomètres au nord-est de Dolisie) sont arrivés dans la soirée à Libreville à bord d’un avion de type Transal. (AFP)

