La mode automne-hier et celle à venir, printemps-été, en ont ainsi décidé. Non, ce n’est pas là simple caprice et fantaisie délurée des designers mais la matérialisation d’un désir de changement ressenti par leurs clientes.
Pourquoi, tout d’un coup, cet envie de look, à la fois outrancier et terriblement aguichant, au moment où il est toujours question d’égalité et de parité et où le harcèlement sexuel demeure, en Occident, un problème majeur dans les lieux de travail.
Parce que, répondent les couturiers, les femmes ont parcouru un long chemin afin de s’affirmer. Plus besoin de bottes de sept lieues et de vêtements masculins pour faire oublier qu’elles sont le sexe qu’on voudrait faible.
Fini donc le temps des épaules renforcées, pour être aussi larges que celles des hommes, et le look androgyne. Aujourd’hui, les femmes peuvent, sans crainte, ressembler à des femmes. Sans que leurs droits en soient lésés.
Pour preuve, la profusion de vêtements et de chaussures «libérés» dans les rayons réservés aux «carriéristes» et où tout n’était que classicisme et austérité.
Par ailleurs, aussi bien la haute couture que la diffusion et le prêt-à-porter sont en train de cibler les jeunes professionnelles qui n’ont pas eu, comme leurs mères, à se battre pour l’égalité. Bien installées dans leurs acquis, elles sacrifient sans réserve à toutes les modes: cette année, par exemple, le cuir-partout, les jupes (longues ou courtes) fendues et la parfaite cambrure du pied.
Les femmes, tout âge et métier confondus, ont succombé à l’escarpin à bout pointu et qui les hausse à 10 cm du sol. Quitte à y aller plus mollo dans leur va-et-vient, elles ont donc opté pour la jambe de star. Pour les aider dans cet exploit, certains chausseurs ont placé la barre plus bas: même moule, même découpe seyante avec talon de 8 ou 7 centimètres. Dans les magasins, les clientes en redemandent de cet article, optant, pendant qu’elles y sont, pour les 10 centimètres. Dans tous les magasins, on peut voir les clientes les essayer et les acheter. «Elles n’en feront peut-être pas leur quotidien, nous explique une vendeuse, mais elles tiennent à avoir cette nouveauté dans leur armoire».
Elles ont intérêt à ne pas trotter à longueur de journée sur ces échasses, selon la Faculté. Plusieurs journaux et revues ont interrogé des orthopédistes à ce sujet. Cette surélévation, estiment-ils, peut, entre autres, causer un raccourcissement du tendon d’Achille, des brûlures au niveau des talons et des orteils meurtris. Sans compter qu’en marchant ainsi, on fait subir aux pieds deux fois le poids du corps. D’où d’inévitables maux de dos.
Ils font aussi remarquer que par coquetterie ou par négligence, les femmes aussi bien que les hommes soumettent pieds et jambes à bien des épreuves (les hauts talons n’en sont pas les seules causes) en ne choisissant pas chaussure à leur pied: celle-ci devenant une gêne lorsqu’elle est trop petite, trop grande, pas bien équilibrée, etc. Ceci vaut également pour les espadrilles à talon rempli d’air comprimé et que l’on paye cher, de surcroît
Et, ce n’est pas tout, ces spécialistes mettent en garde les femmes contre les bottes à talons aiguilles, idéales pour glisser par temps de pluie!
Sachant combien il est difficile de résister à l’air du temps soufflant sur les podiums, ils comptent, pour limiter les dégâts, sur la pérennité des courants «in». «Ce qu’il y a de bien dans la mode, disent-ils, c’est qu’elle ne dure pas plus de 18 mois».

