«La politique américaine envers Cuba n’a pas marché, ne marche pas et ne marchera pas tant que ses objectifs seront de promouvoir l’effondrement économique de l’île ou un coup d’Etat», a affirmé cette semaine Alfredo Duran, responsable du Comité cubain pour la démocratie, lors d’un colloque sur Cuba organisé à Miami par le Center for International Policy, un centre de recherches indépendant.
Les débats auxquels étaient conviés analystes, économistes, anciens diplomates et cubanologues en tout genre, ainsi que des représentants de la communauté cubaine exilée, ont été boycottés par la plus puissante organisation anticastriste, la Fondation nationale cubano-américaine.
De l’avis de la centaine de participants au colloque, le seul fait qu’un débat sur Cuba, pour aussi houleux qu’il soit, puisse se dérouler à Miami, constitue en soi un petit événement.
«Pour nous, Cuba est un sujet très émotionnel, nous crions, nous pleurons, mais il y a cinq ans un tel débat n’aurait pu avoir lieu», a estimé Sylvia Wilhem, une Cubaine exilée.
M. Duran, qui a participé à l’expédition ratée de la baie des Cochons en 1961, a relevé que la politique américaine d’isolement contre Cuba «empêche les forces démocratiques à l’intérieur et à l’extérieur de Cuba de mener à bien des changements pacifiques à travers le dialogue et la négociation».
Lino Fernandez, président du Parti social démocrate cubain, un médecin qui a passé 15 ans dans les prisons cubaines, a relevé que «la démocratie n’a pas avancé à Cuba parce que les Etats-Unis ont permis à Fidel Castro de jouer le rôle de l’anti-impérialiste». «La politique américaine doit avoir un objectif plus large que celui d’écarter Castro du pouvoir», a-t-il dit.
D’autres participants, dont Jorge Sanguinetty, un économiste cubain exilé, ont estimé «naïfs» ceux qui favorisent une politique de dialogue avec Cuba: «Fidel Castro n’est pas mère Teresa», a-t-il dit, et «il n’existe pas un atome de prédisposition de la part du gouvernement cubain en faveur d’un dialogue».
Ralph Fernandez, un avocat d’origine cubaine, a indiqué que le récent Congrès du PC cubain démontre le «retour au stalinisme» du régime cubain et a estimé que la seule politique existant actuellement entre Cuba et les Etats-Unis «est le contrôle de l’immigration et les saisies de drogue».
Une économiste, Ana-Julia Jatar, membre du Inter-American Dialogue, un centre de recherches basé à Washington, a quant à elle relevé que malgré l’embargo, renforcé il y a 18 mois par la loi Helms-Burton, la communauté exilée cubaine envoie chaque année près d’un million de dollars aux familles restées dans l’île.
«Les exilés cubains sont plus malins que le gouvernement américain», a-t-elle affirmé, estimant que le renforcement de l’embargo «n’a pas eu les conséquences économiques désirées» et a eu comme résultat de renforcer les positions les plus intransigeantes au sein du gouvernement cubain.
«La communauté cubano-américaine est loin d’être aussi monolithique que l’on croit, les choses sont en train de changer», a résumé Xiomara Almagwer-Levy, responsable d’une émission sur une radio locale en langue espagnole. (AFP)

