«Aucune étude scientifique de grande ampleur n’avait eu lieu depuis la visite de l’explorateur britannique Bayley Balfour en 1880 dans cette île longtemps inaccessible, ignorée ou interdite», a expliqué lors d’une réunion de coordination à Bordeaux (sud-ouest) Patrick Millon, membre de l’association Ardoukoba qui organise l’expédition «Auracéa».
Les chercheurs, médecins, ornithologues, hydrologues et biologistes, notamment Jean Vacelet, Claude Monniot, spécialiste des invertébrés marins, et Alain Couté, spécialiste des algues, tous les deux attachés au Museum d’histoire naturelle de Paris, tenteront de dresser un panorama scientifique le plus complet possible de Socotra.
Située dans le prolongement de la Corne de l’Afrique, au large du cap somalien de Guardafui, mais province yéménite, Socotra occupe le carrefour des continents africain et asiatique. Montagneuse, avec des sommets atteignant 1.500 m, sa population, partagée entre pasteurs-nomades et pêcheurs côtiers, serait de 40.000 à 70.000 habitants.
«Notre mission, en coopération avec les scientifiques yéménites, portera en particulier sur la biologie marine, avec la recherche de molécules actives pour la pharmacie et la cosmétologie», a précisé Benoit Tschieret, vice-président d’Ardoukoba.
Daniel Jouvance, qui dirige la société de produits cosmétiques du même nom, est particulièrement intéressé par cet aspect de la mission, qu’il contribue à financer avec d’autres sponsors, pour un budget total de 1,4 million de francs (210.000 dollars).
Outre le monde sous-marin, la mission s’intéressera au milieu terrestre, oiseaux et insectes notamment, et abordera une série d’expériences et de prélèvements sur la malaria, avec l’aide du Centre de recherches en médecine et santé tropicale de l’université d’Aix-Marseille II. Selon une estimation, la mortalité infantile due à la malaria est de l’ordre de 50% à Socotra, a déclaré Tschieret.
Longue de 130 km, Socotra a connu les influences des églises chrétiennes, notamment d’Ethiopie, puis de l’islam. au 19e siècle, elle est passée sous protectorat britannique, et durant la Seconde Guerre mondiale, la RAF y a installé une base pour lutter contre les sous-marins de l’Axe.
Le Yémen a ensuite autorisé les Soviétiques à y créer une base pour sous-marins. (AFP)

