«La vieille image du conflit n’est plus d’actualité», se félicite Robert Priddle, directeur exécutif de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), l’organisme créé à la fin des années 1970 par les pays consommateurs pour faire contrepoids à l’OPEP.
«La question n’est plus de savoir si l’OPEP est ou non dans la cabine de pilotage (du marché pétrolier mondial). Ce qui compte, c’est que tous les acteurs du marché travaillent désormais ensemble», a renchéri le secrétaire général de l’OPEP, le Nigérian Rilwanu Lukman, au cours d’une conférence de presse commune.
Alors qu’au rythme actuel de consommation, les réserves mondiales seront épuisées dans 44 ans, les deux camps ont tout intérêt à coopérer afin de généraliser les technologies permettant d’accroître la production de l’«or noir». «Les producteurs veulent la sécurité de la demande et les consommateurs la sécurité de l’offre. Cela est désormais beaucoup mieux compris de part et d’autre», observe M. Priddle.
L’OPEP ne représente plus actuellement que 40% de la production mondiale. «A court et moyen terme, la part des producteurs non-OPEP devrait continuer à s’accroître», car leur technologie plus moderne leur permet d’optimiser leur exploitation, a reconnu M. Lukman.
Mais, à plus long terme, l’OPEP, qui rassemble 76% des réserves mondiales, «peut espérer gagner des parts de marché. A partir de 2010-2020, le monde dépendra de plus en plus du pétrole de l’OPEP», prévoit-il.
L’OPEP représente aussi 65% du pétrole traité sur les marchés internationaux, ce qui lui donne «une responsabilité» particulière, selon M. Lukman. «Je ne sais pas où serait actuellement le prix du pétrole si nous n’avions pas décidé de retirer 5 millions de barils par jour de l’offre mondiale», a-t-il lancé.
Mais il ne faut pas non plus trop laisser monter les cours. «Nous en avons souffert par le passé», a admis le secrétaire général de l’OPEP, la hausse des prix des années 1970 ayant rentabilisé la prospection dans les pays hors-OPEP.
Du côté des consommateurs, la prudence n’est tout de même pas mise au placard. Chaque pays membre de l’AIE doit maintenir un stock représentant 20 jours d’importations, «une source de flexibilité en cas d’urgence pétrolière», a rappelé M. Priddle, avant de regretter la décision allemande de vendre la valeur de 10 jours d’importations.
Pour Robert Calvet, président de l’Union Française des Industries Pétrolières, le rapprochement constaté à Pékin révèle une tendance réelle du marché. «Des pays traditionnellement fermés comme le Vénézuela, le Nigéria ou l’Algérie s’ouvrent aux compagnies internationales. La même chose se passe dans les pays du Moyen-Orient qui avaient nationalisé leur industrie pétrolière», relève-t-il.
A l’inverse, «les producteurs investissent dans les pays consommateurs, comme le Vénézuela en Allemagne, la Libye en Italie ou le Koweït un peu partout en Europe», a-t-il noté.
Le rapprochement contre un ennemi commun a été illustré par les propos quasi-identiques du secrétaire général de l’OPEP et du PDG du géant américain Exxon, Lee Raymond: tous deux s’en sont pris aux velléités autoritaires de limitation des rejets de gaz carbonique dans l’atmosphère afin de lutter contre l’effet de serre, à un mois et demi de la conférence de Kyoto sur les changements climatiques. (AFP)

